Ursula von der Leyen annonce une "nouvelle ère" dans les relations ente l'UE et l'Asie centrale

Dans un contexte géopolitique agité, l'Union européenne s'est présentée à l'Asie centrale comme un partenaire "fiable", cherchant à obtenir un meilleur accès aux matières premières essentielles et aux sources d'énergie propre de la région, ainsi qu'un plus grand alignement sur la guerre menée par la Russie en Ukraine.
L'UE et les pays d'Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan, Turkménistan et Ouzbékistan) ont convenu vendredi de transformer leur coopération en partenariat stratégique. L'UE a également annoncé une nouvelle enveloppe de 12 milliards d'euros pour la région dans le cadre de son initiative "Global Gateway" (porte d'entrée mondiale).
Le premier sommet UE-Asie centrale, qui s'est tenu à Samarkand, en Ouzbékistan, a eu lieu deux jours seulement après que le président américain Donald Trump a dévoilé des droits de douane sur des dizaines de pays, y compris des alliés tels que l'UE et le Royaume-Uni, suscitant la condamnation des dirigeants mondiaux et des marchés mondiaux.
"De nouvelles barrières mondiales apparaissent, les investissements sont réorientés ou réduits. Les puissances du monde entier se taillent de nouvelles sphères d'influence", a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors de la session plénière des chefs d'État et de gouvernement, dans une allusion voilée aux États-Unis, à la Russie et à la Chine.
"Des partenaires fiables n'ont jamais été aussi importants. Notre partenariat stratégique est un engagement à être là l'un pour l'autre", a-t-elle ajouté.
Ursula von der Leyen annonce par ailleur une nouvelle enveloppe d'aide pour la région, qui financera des projets dans le domaine des transports (3 milliards d'euros), des matières premières essentielles (2,5 milliards d'euros), de l'eau, de l'énergie et du climat (6,4 milliards d'euros), ainsi que de la connectivité numérique - dont certains ont déjà été approuvés et alloués par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).
L'accès aux énergies propres et aux terres rares est essentiel pour l'UE, qui cherche à atteindre la neutralité climatique d'ici à 2050 et à renforcer son autonomie dans des secteurs stratégiques.
Or, une part importante de l'extraction, du traitement et du recyclage de certaines matières premières critiques, comme le lithium, indispensables au développement des énergies renouvelables, des articles de la vie quotidienne et des systèmes de défense, est contrôlée par la Chine, face à laquelle l'UE cherche une parade en raison de ses pratiques commerciales et de sa politique étrangère agressives et protectionnistes.
L'Asie centrale possède d'importants gisements(lien en anglais), dont 38,6 % du minerai de manganèse mondial, 30,07 % du chrome, 20 % du plomb, 12,6 % du zinc et 8,7 % du titane.
"Ces matières premières sont l'élément vital de la future économie mondiale. Mais elles sont aussi un piège pour les acteurs mondiaux. Certains ne s'intéressent qu'à l'exploitation et à l'extraction", a déclaré M. von der Leyen aux dirigeants d'Asie centrale.
"L'offre de l'Europe est différente. Nous voulons aussi être vos partenaires dans le développement de vos industries locales. La valeur ajoutée doit être locale. Nos résultats parlent d'eux-mêmes", a-t-elle ajouté.
Le multilatéralisme et l'Ukraine
La protection de "l'ordre multilatéral fondé sur des règles" a été au centre du discours d'António Costa.
"Nous devons travailler ensemble non seulement pour défendre le multilatéralisme, mais aussi pour le réformer afin qu'il soit plus efficace, plus inclusif et mieux adapté aux réalités d'aujourd'hui", a-t-il déclaré.
Le président du Conseil européen a souligné que "les menaces pour la sécurité sont désormais de nature transnationale" et a appelé à une plus grande coopération aux niveaux bilatéral, régional et multilatéral, y compris à l'égard de la Russie, qui, selon lui, viole la Charte des Nations unies et le droit international avec son invasion à grande échelle de l'Ukraine.
Les cinq pays d'Asie centrale se sont abstenus lors des votes à l'ONU relatifs à l'agression de la Russie contre son voisin, choisissant de rester neutres, mais ils ont bénéficié dans une certaine mesure de la réexportation vers la Russie de produits occidentaux sanctionnés.
L'UE, qui a imposé 16 trains de sanctions à la Russie pour sa belligérance non provoquée, a nommé un envoyé spécial pour le contournement des sanctions, qui s'est rendu dans la région à de nombreuses reprises au cours des trois dernières années.
Des fonctionnaires de l'UE s'exprimant sous le couvert de l'anonymat ont déclaré avant le sommet que les pays d'Asie centrale avaient fait preuve d'une "volonté de coopérer", mais que l'Union souhaitait "en voir plus", notamment en raison des négociations en cours entre les États-Unis et la Russie, dont l'Europe a été largement écartée, ce qui fait craindre que ses intérêts ne soient pas protégés.
Toutefois, la même source a également déclaré que des efforts supplémentaires sur le sujet étaient "un élément important pour faire progresser nos relations", mais pas une condition préalable.
M. Costa a fait une référence à peine voilée au contournement des sanctions, déclarant en séance plénière que l'Europe "continuera à accroître la pression si nécessaire" sur la Russie et que la "coopération de l'Asie centrale est inestimable".
"Nous comptons sur vos efforts continus à cet égard", a-t-il déclaré.
Le président Shavkat Mirziyoyev a déclaré que son pays, l'Ouzbékistan, "partage l'engagement de la partie européenne envers les principes et les normes du droit international" et "salue et soutient pleinement le processus de négociation sur le règlement pacifique de la situation en Ukraine".
Lors du sommet, les dirigeants ont également convenu d'organiser un forum des investisseurs dans le courant de l'année afin d'obtenir davantage d'investissements - notamment pour le corridor de transport transcaspien qui réduira considérablement le temps nécessaire pour exporter des marchandises entre les deux régions tout en contournant la Russie - et d'établir un bureau local de la BERD en Ouzbékistan.
Ils ont également soutenu l'idée d'organiser des sommets similaires tous les deux ans.
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