Guerre des tarifs douaniers : l'UE devrait frapper durement les services numériques et financiers américains (expert)

L'UE ne doit pas faiblir dans sa réponse à l'imposition cette semaine de tarifs douaniers américains de 20 % et devrait infliger autant de dommages que possible aux Etats-Unis, a déclaré à Euronews, un ancien directeur de la direction générale du commerce à la Commission européenne.
Alors que l'UE semble hésiter entre réponse ferme ou mesurée, "Nous devons prendre des mesures de rétorsion proportionnelles aux dommages causés par les Etats-Unis et infliger le maximum de dommages économiques et politiques aux Etats-Unis", affirme Jean-Luc Demarty (directeur général entre 2011 et 2019).
"Si nous infligeons des dommages économiques aux États-Unis, cela entraînera des dommages politiques. Les électeurs américains fondent principalement leur vote sur la situation économique de leur pays", a-t-il ajouté.
Selon l'ancien haut fonctionnaire européen, l'UE doit frapper les États-Unis avec des droits de douane équivalents sur les produits américains, en évitant ceux dont l'UE a besoin.
"Nous devons agir en appliquant d'abord des droits de douane équivalents sur un certain nombre de produits que les Américains exportent vers nous, mais bien sûr en minimisant les dommages que nous subissons, c'est-à-dire en choisissant des produits qui ne sont pas essentiels et qui peuvent être trouvés ailleurs", a précise M. Demarty, ajoutant : "L'UE ne devrait pas cibler les produits américains, mais plutôt les produits qui ne sont pas essentiels et qui peuvent être trouvés ailleurs."
"L'UE ne devrait pas cibler les produits américains, tels que le gaz de schiste, le soja, un certain nombre de produits technologiques américains ou, par exemple, les semi-conducteurs américains."
Il pense également que l'UE devra déployer son outil anti-coercition adopté en 2023, qui permet à l'Union de restreindre l'accès aux marchés publics et de priver les entreprises de droits tels que les licences de propriété intellectuelle.
"Il y a clairement de la coercition. Trump nous prive de la possibilité d'appliquer des droits de douane qui, dans certains cas, sont plus élevés que les droits de douane américains et, dans d'autres cas, plus bas. Cependant, nos tarifs sont légaux et conformes aux règles de l'OMC", précise l'ancien patron de la DG commerce. Et d'ajouter que le fait que M. Trump considère la TVA et un certain nombre de réglementations de l'UE comme des "tarifs" effectifs équivaut également à de la coercition.
Plus spécifiquement, le secteur services devrait être la cible principale de la réponse de l'UE, selon Jean-Luc Demarty, car les États-Unis ont un excédent commercial avec l'UE sur les services.
"Nous devons frapper les services numériques et les services financiers pour nuire aux intérêts américains essentiels, à la fois économiques et politiques", a déclaré l'ancien haut fonctionnaire, "si nous frappons ces secteurs assez durement, ils [les grandes entreprises technologiques et financières] diront à Donald Trump "ça suffit"."
M. Demarty a déclaré que les grandes entreprises technologiques américaines et les sociétés de Wall Street exerçaient une influence politique importante. "Aux États-Unis, les partis politiques sont financés par le secteur privé avec des sommes énormes. Cela peut donc avoir une influence politique."
M. Demarty, qui a négocié avec les États-Unis pendant la guerre commerciale de l'aluminium et de l'acier sous la première administration Trump, en 2018, a souligné que l'administration américaine avec laquelle l'UE doit maintenant négocier s'est radicalisée, ce qui rend la tâche de l'UE plus difficile.
"En 2018, il y avait encore des gens autour de Trump qui étaient en faveur d'une certaine ouverture au commerce. Aujourd'hui, il n'y a plus autour de lui que des gens à moitié fous qui sont favorables à la fermeture des marchés", a déclaré M. Demarty, ajoutant : "L'UE doit frapper fort et ne pas se coucher."
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