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Syrie : la reconstruction du pays se heurte aux vives tensions religieuses

World • Apr 2, 2025, 4:46 PM
9 min de lecture
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Dans le contexte des défis sécuritaires et politiques que connaît la Syrie, l'annonce de la formation d'un nouveau gouvernement de transition soulève des questions quant à sa capacité à stabiliser et à reconstruire le pays.

Bientôt quatre mois après la chute de Bachar al-Assad, la persistance des divisions sectaires et politiques en Syrie fait craindre une répétition de ce qui s'est passé en Irak après la chute du régime de Saddam Hussein, qui a donné lieu à une guerre sectaire brutale entre chiites et sunnites et à l'essor d'Al-Qaïda puis du groupe État islamique.

Exclusion politique ou préjugés manifestes ?

S'adressant à Euronews sous le couvert de l'anonymat, plusieurs Syriens ont exprimé des réserves quant à la composition du nouveau gouvernement qui, selon eux, exclut certaines communautés syriennes.

Un habitant de Homs reproche ainsi au gouvernement de transition d'être "plus qatari que syrien", notant que la plupart de ses membres étaient au Qatar et y travaillaient avant leur nomination.

Un habitant de la campagne de Damas, a quant à lui critiqué la nomination du ministre de la Justice, connu pour ses prises de position radicales, affirmant que le poste aurait dû être attribué à un spécialiste juridique.

"Le nouveau ministre [de la Justice] a supprimé ses comptes sur les réseaux sociaux après sa nomination, où il publiait des contenus incitant à la haine contre d'autres sectes", déclare-t-il.

À Deraa, un autre Syrien déplore l'absence de toute représentation de sa province dans le nouveau gouvernement.

"Le fait que Deraa ait été ignorée depuis la chute du régime précédent soulève des doutes quant aux intentions des nouvelles autorités", affirme-t-il.

Conflits internes et harcèlement religieux : tensions croissantes au sein des communautés sunnites

La fracture en Syrie s'élargit au sein même de la communauté sunnite - majoritaire en Syrie -, les soufis ash'ari étant de plus en plus harcelés et intimidés.

Dans la ville de Hama, par exemple, des mosquées ash'ari ont été cambriolées par des jeunes salafistes qui ont retiré les prédicateurs originaux et les ont remplacés par d'autres qui, selon eux, appellent à "guider les gens vers le bon islam".

Une mosquée est vue entourée de bâtiments dans la ville de Hama, en Syrie, le samedi 4 janvier 2025.
Une mosquée est vue entourée de bâtiments dans la ville de Hama, en Syrie, le samedi 4 janvier 2025. AP Photo/Ghaith Alsayed

Ces incidents ont alimenté les tensions entre les différents groupes religieux, malgré les nombreux appels à la retenue et à la prévention de l'incitation.

Toutefois, le problème ne s'est pas limité à des agressions physiques ou à l'expulsion de prédicateurs, mais a évolué vers une forme de "contrôle religieux" des mosquées, ce qui suscite des inquiétudes quant à l'avenir de la coexistence entre les différentes courants religieux en Syrie.

Une stratégie visant à "réécrire l'identité religieuse de la ville"

Des responsables religieux de Hama affirment que ces pratiques ont commencé dès la chute de Bachar al-Assad, mais qu'elles se sont considérablement intensifiées pendant le Ramadan, les mosquées étant devenues une cible majeure pour les groupes salafistes qui cherchent à imposer leur vision religieuse à la société syrienne.

"Nous assistons depuis des mois à des violations répétées contre nos mosquées et nos imams", déclare à Euronews un cheikh de Hama. "Nous sommes écartés de force des chaires et remplacés par des jeunes hommes qui n'ont aucune formation religieuse et qui appellent à l'imposition d'une seule secte à tout le monde.

D'autres religieux de Hama estiment que ces incidents ne sont pas de simples cas individuels, mais qu'ils font partie d'une stratégie claire visant à "réécrire l'identité religieuse de la ville".

Ils ont appelé à la formation de commissions d'enquête indépendantes afin que les responsables de ces violations répondent de leurs actes et que les mosquées soient protégées contre de futures attaques.

La Syrie divisée sur la nomination du Grand Mufti

Dans le cadre d'un plan gouvernemental visant à "contrôler le discours religieux" et à reconstruire une institution religieuse dégradée au cours des longues années de guerre, le président syrien Ahmed al-Charaa a nommé le cheikh Osama al-Rifai au poste de grand mufti du pays, ce qui a suscité une vive controverse au sein de divers groupes religieux et politiques.

Cette nomination est intervenue à l'issue d'une conférence réunissant des érudits religieux et des représentants de diverses sectes islamiques et annonçant la formation du Conseil suprême de la fatwa, qui sera dirigé par Osama al-Rifai.

"Nous cherchons à reconstruire la Syrie avec ses cadres, ses érudits et ses fils, et le rôle de la fatwa sera essentiel pour y parvenir", a affirmé Ahmed al-Charaa lors de cette conférence.

Le président intérimaire de la Syrie, Ahmed al-Charaa, après sa rencontre avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan au palais présidentiel d'Ankara, le mardi 4 février 2025
Le président intérimaire de la Syrie, Ahmed al-Charaa, après sa rencontre avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan au palais présidentiel d'Ankara, le mardi 4 février 2025 AP Photo/Francisco Seco

Cette annonce a suscité des réactions mitigées en Syrie. Si certains ont salué cette décision comme une tentative de maîtriser le chaos religieux qui règne dans le pays, d'autres craignent qu'elle n'exacerbe les divisions sectaires et confessionnelles.

Euronews a également suivi des campagnes d'incitation sur les réseaux sociaux, un certain nombre de cheikhs prosélytes ayant lancé des campagnes contre les Ash'arites, appelant à ne pas accepter la nomination d'un nouveau mufti qui est perçu comme étant "trop laxiste" envers les autres sectes.

Par ailleurs, de nombreux Syriens ont demandé au nouveau mufti de publier des fatwas claires interdisant l'incitation à la violence et bannissant de la chaire des mosquées toute personne propageant la haine.