La Hongrie annonce se retirer de la CPI en accueillant Netanyahu, sous le coup d'un mandat d'arrêt

La Hongrie a décidé de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI), a annoncé le gouvernement jeudi, peu après l'arrivée du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dans le pays pour une visite d'État.
« Le gouvernement entamera la procédure de retrait jeudi, conformément au cadre juridique constitutionnel et international », a déclaré Gergely Gulyás, chef de cabinet du Premier ministre hongrois Viktor Orbán.
La Cour de la Haye a pris note de cette décision, mais son porte-parole Fadi El Abdallah rappelle que "la Hongrie reste tenue de coopérer" jusqu'à la fin de procédure de retrait, qui dure environ un an.
La Hongrie a signé le Statut de Rome, traité fondateur de la CPI, en 1999, avant de le ratifier deux ans plus tard, lors du premier mandat de Viktor Orbán.
Mais ce dernier affirme que le pays n'a pas l'obligation de se conformer aux décisions de la CPI, car il n'a jamais validé la convention associée au Statut de Rome pour des raisons de constitutionnalité.
Remise en question de la Cour pénale internationale
La CPI a fait l'objet d'une controverse croissante ces dernières années, notamment en raison des mandats d'arrêt délivrés à l'encontre du président russe Vladimir Poutine et de Benjamin Netanyahu.
Le Premier ministre israélien est arrivé dans la capitale hongroise, Budapest, mercredi, en dépit d'un mandat d'arrêt de la CPI à son encontre pour sa conduite de la guerre dans la bande de Gaza.
Il s'agit du premier voyage du Premier ministre israélien en Europe depuis 2023.
Le président américain Donald Trump a également imposé des sanctions contre la CPI. Les États-Unis n'ont d'ailleurs jamais été membres de la convention qui a créé la CPI.
Gergely Gulyás a déclaré qu'il était inacceptable que la CPI, qui a commencé comme une initiative honorable, soit récemment devenue un organe politique, comme le montre selon lui le mandat d'arrêt contre Benjamin Netanyahu.
Il a affirmé qu'étant donné que la Hongrie n'a jamais inscrit dans son droit interne le Statut de Rome de 1998, fondateur de la CPI, les mandats d'arrêt de la Cour ne peuvent être exécutés dans le pays. La Hongrie n'a pas l'intention de remédier à cette situation délicate en proclamant le statut, mais en se retirant de l'organisation, selon lui.
Le chef de cabinet de Viktor Orbán a fait référence au fait que les principales puissances militaires du monde - les États-Unis, la Chine ou la Turquie, par exemple - n'ont jamais été membres de la CPI et que les États-Unis ont imposé des sanctions à l'organisation.
Gergely Gulyás a également cité la Pologne, où le Premier ministre Donald Tusk a déclaré en janvier que Benjamin Netanyahu ne serait pas arrêté s'il se rendait à un événement commémoratif à Auschwitz, malgré le mandat d'arrêt de la CPI à son encontre - et en dépit de l'adhésion de son pays à la CPI.
Délivré en novembre, le mandat de la CPI indique qu'il y a des raisons de croire que Benjamin Netanyahu et l'ancien ministre israélien de la défense, Yoav Gallant, ont utilisé "la famine comme méthode de guerre" en restreignant l'aide humanitaire à la bande de Gaza, et qu'ils ont intentionnellement pris pour cible des civils dans le cadre de la campagne israélienne contre le Hamas - des accusations que les responsables israéliens réfutent.
En réponse à ce mandat, Viktor Orbán a invité Benjamin Netanyahu à une visite d'État et a accusé la CPI de "s'immiscer dans un conflit en cours à des fins politiques", affirmant que cette décision sapait le droit international et aggravait les tensions.
Le premier pays à quitter la CPI a été le Burundi, en 2017. L'Afrique du Sud et la Gambie ont toutes deux menacé de quitter la CPI, mais sont revenues sur leur décision ou l'ont interrompue. Ces trois États affirment que la Cour est partiale à l'égard des pays africains.
Les Philippines ont quitté la Cour en 2019, mais leur ancien président, Rodrigo Duterte, est en état d'arrestation et fait actuellement l'objet de poursuites pour des accusations de meurtre découlant de sa tristement célèbre "guerre contre la drogue".
Sur les quelque 60 mandats d'arrêt délivrés par la Cour pénale internationale depuis 2022, 22 ont été mis à exécution.
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