Épidémie d'Ebola en RD Congo: l'Égypte annonce la mise au point d'un vaccin candidat contre le variant Bundibugyo
Par Caroline Gosse
Alors que l'épidémie d'Ebola en RD Congo continue sa progression a une vitesse inégalée, la riposte s'accélère à l'international. Et l'Égypte entre à son tour dans la course au vaccin contre la souche Bundibugyo. Un premier essai clinique chez l'être humain est prévu en Afrique dans les prochains mois.
Alors que l'épidémie d'Ebola en RD Congo continue sa progression a une vitesse inégalée, la riposte s'accélère à l'international. Et l'Égypte entre à son tour dans la course au vaccin contre la souche Bundibugyo. Un premier essai clinique chez l'être humain est prévu en Afrique dans les prochains mois.
Aux quatre coins de la planète, l'effervescence a gagné les laboratoires. Une véritable course contre la montre est en cours avec pour objectif de mettre au point un vaccin le plus rapidement possible. Car le temps est compté pour lutter contre le rare variant Bundibugyo qui sévit actuellement en République démocratique du Congo, et contre lequel il n'existe pas à ce jour ni traitement ni de vaccin spécifique disponible.
Cette vague d'Ebola est en effet devenue désormais la plus meurtrière de l'histoire du pays. En un peu plus de 100 jours, et le début officiel de l'épidémie, six provinces sont désormais touchées. Près de 3.000 personnes sont mortes et 6.000 cas ont été confirmés. Ce bilan dépasse celui de la grave épidémie qui avait sévit entre 2018 et 2020, dans l'Est du pays déjà.
Des essais cliniques et la fabrication du principe actif menés en Afrique
Face à l'urgence de la situation, pas moins de quatre vaccins étaient déjà en cours de mise au point, aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et à Singapour, tous soutenus par la Cepi, la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies, un partenariat international public-privé basé à Olso.
Un cinquième candidat s'invite aujourd'hui dans la course. Cette fois, par l'entremise de l'Égypte et le groupe pharmaceutique Minapharm. Le projet, conçu par ProBioGen, la filiale spécialisée du laboratoire basée à Berlin, "recevra jusqu'à 16,5 millions de dollars de la Cepi", ont annoncé les deux organisations dans un communiqué conjoint.
Ce financement permettra de poursuivre le développement préclinique du candidat vaccin et de lancer un premier essai clinique visant à évaluer sa sécurité et son immunogénicité, c'est-à-dire sa capacité à déclencher une réponse immunitaire. "Cette étude chez l'humain, appelée essai de phase 1, devrait être menée en Afrique", précise le communiqué.
La production sera partagée entre Berlin et Le Caire. La filiale allemande ProBioGen fabriquera dans un premier temps le principe actif, avant que Minapharm ne réalise le produit final en Égypte. Le groupe prévoit ensuite de transférer également au Caire la fabrication du principe actif.
Obtenir une protection complète et durable
"Un candidat vaccin mis au point par une entreprise africaine correspond exactement au type de capacité dont notre continent a besoin, non seulement pour faire face à cette épidémie, mais aussi pour permettre à l'Afrique de développer et fabriquer les outils nécessaires à la protection de sa population", a souligné le directeur de l'agence de santé de l'Union africaine (Africa CDC), Jean Kaseya, cité dans le communiqué.
La particularité de ce nouveau candidat vaccin tient d'abord à la technologie utilisée. Un virus très affaibli, incapable de se multiplier dans les cellules humaines, doit servir de véhicule pour présenter au système immunitaire des protéines du virus Bundibugyo.
Selon la Cepi, c’est le seul candidat de son portefeuille conçu pour stimuler à la fois la production d'anticorps et la réponse de certaines cellules immunitaires, avec l'objectif d'obtenir une protection complète et durable. Une capacité qui doit toutefois encore être démontrée.
Des candidats vaccins très prometteurs
Les quatre autres candidats vaccins reposent sur différentes technologies: l'ARN messager pour Moderna, ChAdOx pour l'université d'Oxford et le Serum Institute of India et rVSV pour le consortium Hilleman laboratoires et Public Health Vaccines.
Ce dernier apparaît le plus prometteur, selon l'OMS, l'Organisation mondiale de la santé. Sa plateforme de développement - un terme qui désigne une technologie réutilisable
pour développer plusieurs vaccins, en adaptant à chaque fois la cible - est la même que celle du vaccin Ervebo, déjà homologué contre la souche Zaïre d'Ebola, bien plus répandue. Il s'agit d'adapter ce vaccin au variant Bundibugyo. On est là en phase préclinique, avant le test sur les humains.
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La recherche la plus avancée est celle de l'Université d'Oxford. Développé en huit semaines seulement, un record, le vaccin est déjà en phase de test clinique, chez l'homme. Il utilise la même technologie d'AstraZeneca que pour le Covid-19 et est fabriqué en Inde, par le Serum Institute of India, le plus grand fabricant de vaccins au monde. Fin juillet un tout premier volontaire, recruté au Royaume-Uni, a reçu une dose test.
Les résultats des essais cliniques pas connus avant des mois
Et puis, le Canada a conclu un accord avec le géant pharmaceutique Moderna, pour fabriquer sur son sol un produit, à base cette fois d'ARN messager, une technique synthétique développée aussi pour le Covid. Des essais précliniques, en laboratoire, ont été lancées début août.
L'ensemble de ces candidats vaccins sont donc tous en phase de test. Et il va falloir s'armer de patience avant d'obtenir quelconques résultats tangibles. Les premières évaluations ne sont pas attendues avant sept à neuf mois. "Les données précliniques que nous observons sont prometteuses. Cependant, on ne sait jamais si cela se traduira par une démonstration de l'efficacité des médicaments ou des vaccins tant que l'on n'aura pas obtenu les résultats des essais cliniques", confie à l'AFP Vasee Moorthy, directeur par intérim du programme Recherches et Développement de l'OMS.
"Si l'on compare cette épidémie aux précédentes épidémies d'Ebola" poursuit-elle, "nous avons pu démarrer les essais plus rapidement. Cela s'explique par les progrès prometteurs réalisés dans nos méthodes de recherche et développement, car les protocoles ont été rédigés avant le début de l'épidémie. C'est précisément le changement de cap que s'efforce d'adopter toute la recherche sur les épidémies: anticiper au maximum".
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En attendant la mise au point de ces vaccins spécifiques, l'OMS a recommandé la mise en oeuvre d'un essai clinique de phase 3 avec l'Ervebo, le vaccin homologué contre la souche Zaïre du virus Ebola. Les experts de l'OMS ignorent encore s'il protège les humains contre la souche Bundibugyo, mais de premières données obtenues en laboratoire et sur des animaux suggèrent qu'il pourrait offrir une certaine protection.
Parallèlement à ces vaccins, des traitements, des médicaments spécifiques, sont également en cours de développement et de test. Eloborés à base d'anticorps monoclonaux, d'antiviraux fabriqués en laboratoire à partir de clones de cellule de la souche Bundibugyo: le Remdesivir aux États-Unis et le MBP 134 à Anvers en Belgique.
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