A Conakry, le désespoir et la colère après l'éboulement meurtrier d'une décharge
Par AFP Par Mouctar BAH, avec Lucie PEYTERMANN à Dakar © 2026 AFP
"Nous les jeunes, on a tout fait pour éviter cela ! On a organisé des réunions, on a invité les responsables mais ils n'ont pas pris la chose au sérieux", s'insurge Abou Hamza après l'éboulement meurtrier d'une décharge à Conakry, la capitale guinéenne.
Ce résident, qui est un des responsables des jeunes du quartier Dar es Salam, "accuse l'Etat" après l'éboulement sur des habitations d'une énorme décharge d'ordures située à proximité, dans la banlieue de Conakry.
La catastrophe, survenue après de fortes pluies, a fait au moins 31 morts et 22 blessés, selon le dernier bilan des autorités. Un précédent bilan annoncé par le gouvernement dimanche faisait état de 30 morts.
Le drame s'est déroulé dans la nuit de samedi à dimanche. Plusieurs habitations ont été emportées par l'éboulement de cette décharge existant depuis les années 1960.
Lundi, le site était entièrement bouclé par les forces de sécurité. Les pelleteuses y poursuivaient leur travail de recherche, sous une pluie torrentielle, a indiqué une source sécuritaire à l'AFP.
"L'Etat n'a pas pris les mesures pour que la décharge soit fermée. Pourtant, ils nous avaient promis, cela fait un an", déplore Abou Hamza. "On a organisé des réunions, on a organisé des sacrifices, on a invité les responsables des départements concernés, mais ils n'ont pas pris la chose au sérieux... Donc c'est ce qui a fait cet éboulement", se désole-t-il.
La zone du quartier de Dar es Salam emportée par l'éboulement offre désormais un spectacle de désolation.
"Ma vie s'est arrêtée"
Selon les témoignages recueillis par l'AFP, certaines familles ont perdu de nombreux proches en une seule nuit.
"Ma vie s'est arrêtée aujourd'hui, je n'ai plus besoin de la vie...", a lancé à l'AFP Ciré Kallo, qui explique avoir perdu "ses cinq enfants" dans la tragédie.
Le jeune Abdoul Soumah explique de son côté avoir perdu sa mère, ainsi que ses frères et sa soeur.
Pendant toute la journée de dimanche, des pelleteuses ont fouillé le site, tandis que des dizaines de personnes étaient agglutinées au sommet et autour de la décharge à la recherche désespérée de survivants et de victimes.
Le va-et-vient des équipes de secours transportant des blessés sur des brancards, escortés par des proches hurlant leur douleur, a duré plusieurs heures, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Des dizaines d'habitantes du quartier endeuillées, sous le choc, ont crié leur douleur et se sont réconforté les unes les autres jusque tard dans la nuit, dans une atmosphère électrique.
Le jeune Alhassane Camara, résident du quartier, a raconté à l'AFP le moment où l'éboulement a frappé son habitation en pleine nuit, tuant sur le coup l'un de ses frères.
"Je dormais avec mes deux petits frères (...) Il y a eu des bruits bizarres derrière moi. Après, j'ai vu tomber... ils étaient deux petits, l'un est décédé dedans et on a fait sortir l'autre", témoigne-t-il. "Je suis parti appeler les gens pour m'aider. On a fait sortir ma mère, ma grand-mère et mes sœurs. On était beaucoup... C'est Dieu qui nous a aidés".
Les traits tirés, Aboubacar Camara, un autre habitant, explique à l'AFP avoir réussi à sauver sa famille. Dimanche "vers 02H00 ou 03H00 du matin, on a entendu un glissement, des cris au dehors, tout le monde criait...", relate-t-il.
Alors qu'il venait à peine de sortir de son logement avec son épouse, un second glissement est survenu, emportant plusieurs jeunes du quartier qui étaient partis au secours des victimes du premier éboulement. "Toutes les personnes qui sont parties là-bas pour secourir, ils sont tous restés dedans...", dit-il, encore traumatisé.
Player Macire confie avoir perdu son mari dans ces circonstances. "Mon mari est allé pour sauver des gens après le premier éboulement et voilà, subitement une seconde catastrophe a enseveli le papa de mes enfants..."
Des centaines de sinistrés
Une source au ministère de l'Administration du territoire a précisé à l'AFP que plus de 400 sinistrés ont été évacués depuis dimanche soir, et sont hébergés dans une école primaire du quartier Dixinn, dans la capitale.
Les abords de cette école ont également été bouclés par la police et les journalistes ne pouvaient y accéder lundi.
Le gouvernement avait annoncé ces derniers jours des opérations d'expulsions et de sécurisation autour de la décharge, à cause des risques d'éboulement. La saison des pluies est particulièrement longue et intense dans ce pays pauvre.
Dans un message sur Facebook, l'ancien président guinéen en exil Alpha Condé (2010-2021) a exhorté à "protéger la dignité et la sécurité de (nos) populations les plus vulnérables".
"La Guinée est aujourd'hui en deuil", a-t-il lancé, se disant "particulièrement ému" pour "cette femme qui, en une seule nuit, a vu cinq de ses enfants emportés par ce drame".
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