Cameroun : l’indignation de la célèbre footballeuse Nchout Njoya Ajara après huit féminicides en huit jours dans le pays
Par Lorène Bienvenu
Huit femmes ont été tuées en l'espace de huit jours au Cameroun, suscitant une vague d'indignation de la part de la société civile et de certaines personnalités publiques. La célèbre footballeuse Nchout Njoya Ajara a appelé la justice à "être ferme".
Huit femmes ont été tuées en l'espace de huit jours au Cameroun, suscitant une vague d'indignation de la part de la société civile et de certaines personnalités publiques. La célèbre footballeuse Nchout Njoya Ajara a appelé la justice à "être ferme".
Au moins huit femmes ont été tuées en l'espace de huit jours au Cameroun, entre le 17 et le 23 août, selon le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille. Cette nouvelle vague de féminicides suscite l'indignation et ravive le débat sur un renforcement de la législation.
Depuis le début de l'année, au moins 60 femmes ont été tuées selon les chiffres officiels. Les chiffres sont en hausse d'année en année. En 2025, 77 femmes ont été victimes de féminicides. On en comptait 67 en 2024 et 50 en 2023.
"Être une femme au Cameroun ne devrait jamais être un risque"
Mardi 25 août à Yaoundé, un homme de 22 ans aurait poignardé à mort une femme de 44 ans, dans une chambre d'hotêl. Le suspect, qui a été appréhendé par les autorités, avait sur lui une corde de deux mètres et des pièces d’identité de plusieurs femmes, d'après le site d'information Cameroun actuel.
Ces féminicides, décriés par la société camerounaise depuis des années, ont récemment suscité de vives réactions de la part de personnalités publiques. La célèbre footballeuse camerounaise Nchout Njoya Ajara a dénoncé sur ses réseaux sociaux la "vague tragique" de féminicides. La femme de 33 ans, qui évolue au poste d'attaquante, a appelé à une mobilisation collective contre les violences faites aux femmes. "Être une femme au Cameroun ne devrait jamais être un risque", a-t-elle déclaré.
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Passée par des clubs de renom comme l'Atlético Madrid et l'Inter Milan, celle qui est considérée comme l'une des plus grandes footballeuses de l'histoire du Cameroun a prévenu: "Face à la vague tragique de féminicides qui a frappé notre pays ces derniers jours, le silence est synonyme de complicité."
"Mes pensées et mes prières vont aux familles des victimes, mais aujourd’hui, les prières doivent s’accompagner d’actes et de justice, a poursuivi la joueuse. Pour nos sœurs, nos filles, nos mères : STOP AU FÉMINICIDE. La justice doit être ferme. La protection doit être réelle."
Le terme de féminicide pas reconnu par la justice
Le Code pénal camerounais en vigueur ne reconnaît pas explicitement le terme de féminicide. La justice prévoit des qualifications comme meurtre ou assassinat mais aucune ne vise spécifiquement le meurtre d'une femme en raison de son sexe ou dans un contexte de violences sexistes.
Pour répondre aux critiques grandissantes de la société civile ces dernières années, le gouvernement camerounais a lancé en 2023 "le processus d’élaboration du projet de loi spécifique aux violences faites aux femmes et aux filles", rapportait Bernadette Françoise Bekono, sous-directrice au ministère de la promotion de la femme et de la famille (Minproff).
Trois ans plus tard, l’élaboration d’une loi spécifique sur les violences basées sur le genre n'a toujours pas abouti à l’adoption d’une loi. La ministre Marie-Thérèse Abena Ondoa du Minproff a néanmoins condamné l'augmentation "inquiétante" du nombre de féminicides.
Elle assure que le gouvernement travaille à apporter des réponses: "Depuis un certain nombre d'années, un projet de loi sur les violences faites aux femmes et aux enfants est en élaboration. Il a traîné parce qu'il faut un document dans lequel tout le monde se reconnaisse", relate Cameroun Tribune.
"Une passivité coupable" du gouvernement
Face à la lenteur des institutions publiques, des associations et des groupes de la société civile s'organisent. En 2025, des organisations camerounaises ont demandé l'inscription du féminicide dans le Code pénal camerounais.
La colère monte aussi du côté du parti d'opposition, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto qui dénonce, dans un communiqué, "une passivité coupable" des autorités face à la croissance fulgurante des féminicides. Le parti a déploré la "tragique récurrence des féminicides domestiques" et a accusé le gouvernement de rester passif sur ce phénomène.
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