La Guinée-Bissau vote lors d'un référendum pour passer à un régime présidentiel fort
Par AFP Par Allen Yero EMBALO, avec Lucie PEYTERMANN à Dakar © 2026 AFP
Les Bissau-Guinéens votent dimanche lors d'un référendum constitutionnel sur le passage à un régime présidentiel fort pour remplacer l'actuel système semi-parlementaire, dans ce pays dirigé par une junte censée organiser une présidentielle début décembre.
Après le Zimbabwe, la Guinée, le Togo, l'Ouganda ou le Tchad ces dernières années, il s'agit du dernier exemple en date d'un pays africain qui a souhaité modifier ou changer sa Constitution pour étendre la durée des mandats, supprimer les limites d'âge ou renforcer les prérogatives du pouvoir exécutif.
Ce scrutin référendaire se déroulera de 07H00 locales (et GMT) à 17H00. Il représente une étape clé précédant les élections générales prévues le 6 décembre pour un retour au pouvoir des civils, et ce alors que le climat politique est tendu dans le pays.
L'opposition a d'ailleurs appelé à boycotter le référendum, notamment le PAIGC, parti historique ayant mené le pays à l'indépendance en 1974.
Le PAIGC dénonce l'organisation d'un référendum "dans un contexte de restriction des libertés publiques". "Les activités politiques sont suspendues, les sièges des partis politiques fermés et les formations politiques ont interdiction de participer à la campagne", fustige-t-il dans un communiqué.
La Guinée-Bissau est dirigée depuis le 26 novembre dernier, veille de l'annonce prévue des résultats provisoires des élections présidentielle et législatives, par des militaires qui ont suspendu le processus électoral.
Ce pays lusophone côtier d'Afrique de l'Ouest a connu cinq coups d'État et une kyrielle de tentatives de putsch depuis son indépendance.
Dans un message avant le référendum, le chef de la junte en Guinée-Bissau, le général Horta N'Tam, a exhorté ses compatriotes à "une participation massive et ordonnée" lors de "cet important exercice démocratique".
"Votez pour une nouvelle étape, pour renforcer les institutions et pour une Guinée-Bissau stable, unie et confiante dans le futur", a-t-il lancé.
Le projet de nouvelle Constitution vise principalement à remplacer le système semi-parlementaire par un régime présidentiel fort, en octroyant au chef de l'État le pouvoir de nommer et révoquer le Premier ministre, le gouvernement et de dissoudre le Parlement.
L'objectif affiché par les autorités de transition est de stabiliser les institutions avant la présidentielle prévue le 6 décembre.
Le Conseil national de transition (CNT), organe législatif dont les 65 membres ont été nommés par la junte, avait adopté en janvier 2026 à l'unanimité une modification de la Constitution, un mois et demi après le coup d'Etat qui a renversé le président Umaro Sissoco Embalo le 26 novembre.
Dimanche, les électeurs doivent répondre par oui ou par non à cette question: "Êtes-vous d'accord sur l'entrée en vigueur de la nouvelle Constitution approuvée par le Conseil national de transition ?"
"Dangereux pour la démocratie"
Le nouveau texte propose d'abandonner l'ancien modèle où le Premier ministre était issu de la majorité au Parlement, ce qui avait donné lieu à des cohabitations difficiles, comme après les législatives de 2023. Le président Embalo avait alors dissous le Parlement dominé par l'opposition en décembre 2023, à la suite de ce qu'il a présenté comme une tentative de putsch. Il avait dirigé par ordonnances jusqu'à sa destitution en novembre 2025.
Pour Nelson Moreira, membre du CNT, le projet de nouvelle Constitution permettrait d'éviter les conflits entre la présidence et la Primature, qui ont miné la stabilité du pays par le passé, a-t-il dit à l'AFP.
"Cette consultation populaire sert d'outil pour réécrire la loi fondamentale truffée de lacunes", a-t-il affirmé.
Pour l'analyste politique Malam Fati, "les dirigeants de la transition estiment que cette réforme permettra de mettre un terme aux fréquents blocages institutionnels qui ont marqué la vie politique de la Guinée-Bissau".
Mais une partie de la classe politique et de la société civile conteste avec véhémence la réécriture en profondeur de la Constitution par un pouvoir de transition non élu.
"Le système présidentialiste que la junte veut imposer va concentrer tous les pouvoirs entre les mains d'un seul homme. Cela est dangereux pour notre démocratie", a récemment déclaré à la presse Abubacar Ture, président de la Ligue bissau-guinéenne des droits de l'Homme.
Les frontières du pays ont été fermées depuis dimanche 00H00 locales et durant toute la journée, pour "garantir l'ordre et la sécurité pendant le référendum", a indiqué le ministère de l'Intérieur.
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