En RDC, un train urbain pour désengorger Kinshasa
Par AFP © 2026 AFP
Aux aurores, des dizaines de passagers se pressent au bord de rails poussiéreux pour embarquer dans l'unique train urbain desservant le centre-ville de Kinshasa, capitale de la RDC étouffée par les embouteillages.
Tout juste remis en service après près de quinze années d'interruption, ce train bleu ciel aux couleurs de la République démocratique du Congo (RDC) assure chaque jour un aller-retour entre les abords de l'aéroport et le centre-ville de la mégapole, qui compte près de 17 millions d'habitants.
A la gare de Masina, commune périphérique située à une dizaine de kilomètres du centre-ville, il faut jouer des coudes pour trouver une place dans les rames bondées. Les passagers qui manquent l'arrêt, long de quelques secondes à peine, doivent grimper en marche.
Le ticket coûte 2.000 francs congolais (environ 0,87 dollars) l'aller simple, 4.000 en deuxième et 5.000 en première. Les wagons sont remplis à craquer. Et la chaleur rapidement étouffante à l'intérieur, faute de climatisation.
Ceux qui ont la chance d'avoir une place assise voient défiler des avenues bondées et d'immenses bidonvilles qui ont proliféré ces dernières années aux abords des voies.
Les autres en viennent à regretter les célèbres minibus jaunes encombrant les rues de la ville.
"On paie le même prix, mais ici, on n'a pas de place pour s'assoir", maugrée Clovis Musa, habitant de Masina et commerçant au marché central, debout dans une rame de deuxième classe où résonne un intense brouhaha.
Le train urbain de Kinshasa offre néanmoins un rare échappatoire aux habitants des quartiers périphériques, contraints de passer chaque jour plusieurs heures dans les monstrueux embouteillages de la capitale.
"Moi ça fait quatre ans que je n'ai pas pris de voiture, je fais mes aller-retours à moto", raconte Britey Mafuka, commerçant dans le centre-ville, qui assure dépenser environ 380 dollars par mois en transports.
"Je commençais à chercher une maison proche de la ville, mais quand ils ont relancé le train, j'ai laissé tomber ce projet", ajoute-t-il.
"Rapide", mais "cher"
Les transports de masse sont considérés comme essentiels à l'avenir des mégapoles africaines, marquées par un fort accroissement démographique et une urbanisation souvent anarchique.
Lagos, Kinshasa et Dar es Salaam seront les villes avec la plus forte population au monde d'ici 2100.
La plus grande ville du Nigeria a inauguré en 2023 un train urbain longtemps attendu. Dakar a fait de même en 2021, et s'est doté d'un réseau de bus en voies dédiées en 2024, pour décongestionner son centre-ville.
Mais à Kinshasa, sise au bord du fleuve Congo, de telles infrastructures sont restées à l'état de projet. Et le réseau ferré construit au lendemain de l'indépendance, a été progressivement abandonné par l'Office national des Transports (ONATRA), faute de moyens pour entretenir les voies.
Fin juin, le chef de l'Etat congolais Félix Tshisekedi a officiellement relancé le train urbain "après près de 15 ans d'arrêt", et "dans le cadre du projet MetroKin, un réseau ferroviaire de 300 kilomètres soutenu par l'Africa Finance Corporation (AFC)", selon la présidence.
La ligne remise en état permet désormais de rejoindre le centre-ville depuis les abords de l'aéroport en une heure et quinze minutes environ.
Par la route, "c'est pratiquement impossible", assure Chadrack Walele, responsable de la ligne.
"Nous transportons entre 4.000 et 5.000 passagers par train et, s'ils prenaient la route, cela leur ferait perdre énormément de temps dans les embouteillages", plaide-t-il, ajoutant que la fréquence des rotations sera prochainement augmentée pour passer à deux aller-retours par jour.
A l'arrivée à la gare centrale de Kinshasa, des milliers de passagers se déversent sur les voies. Avec des avis contrastés.
"Nous sommes contents qu'ils aient relancé le train par ce que c'est le transport le plus rapide", mais "nous sommes pauvres, nous essayons de survivre, comment on va nourrir nos enfants et payer un transport qui coûte cher?", s'époumone Gabriel Mfutila, un habitant rencontré sur le quai, avant de disparaitre dans les méandres de la mégapole.
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