Incendies meurtriers en Algérie: Tebboune veut la peine de mort contre les pyromanes, le bilan de "12 morts" contesté
Par TV5MONDE
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a décrété un deuil national de trois jours jeudi 27 août et veut réinstaurer rapidement la condamnation à mort pour les pyromanes. Le bilan humain transmis par les autorités est contesté: les décomptes établis par les hôpitaux, les communes et les habitants font état de 57 à plus de 90 victimes.
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a décrété un deuil national de trois jours jeudi 27 août et veut réinstaurer rapidement la condamnation à mort pour les pyromanes. Le bilan humain transmis par les autorités est contesté: les décomptes établis par les hôpitaux, les communes et les habitants font état de 57 à plus de 90 victimes.
Abdelmadjid Tebboune a décrété, le jeudi 27 août, trois jours de deuil national, après les incendies qui ravagent le nord-est de l'Algérie depuis la nuit du 26 août. "Le cœur meurtri et l'âme en deuil devant la tragédie de la perte de nos concitoyens", a réagi le président algérien. Il déplore dans un communiqué un "grand malheur" pour le pays et annonce l'annulation des festivités culturelles et sportives.
"Personne ne peut faire plier l'Algérie", a lancé le président algérien dimanche, promettant lors d’une réunion consacrée aux feux en présence de hauts responsables civils et militaires et du ministre de la Justice, "une modification du Code pénal" avant le 15 septembre, pour "réinstaurer la condamnation à mort pour les pyromanes".
"Il y aura exécution" une fois les voies de recours épuisées pour les condamnés, a-t-il poursuivi alors que son pays observe un moratoire sur la peine de mort depuis 1993.
Le bilan officiel, lui, reste celui communiqué le mercredi 26 août dans la soirée. Au moins 12 morts et 54 blessés hospitalisés pour des brûlures, dont six graves, selon le chiffre du ministre de l'Intérieur, Saïd Sayoud. "Cinq décès ont été enregistrés dans la wilaya (préfecture) de Jijel, quatre dans celle de Béjaïa et trois dans celle de Tizi-Ouzou", avait chiffré le ministre.
Deux jours plus tard, les images des obsèques donnent une autre échelle. Vendredi 28 août, à Djemâa Beni Habibi, une tranchée creusée dans la pente a reçu des dizaines de cercueils drapés aux couleurs algériennes. Le Premier ministre Sifi Ghrieb assistait à la cérémonie.
Ce que disent les listes locales
Sifi Ghrieb était arrivé la veille dans la wilaya, envoyé par le président pour suivre les opérations de secours. Le communiqué publié par ses services après les obsèques ne porte aucun bilan humain. Le quotidien algérien Le Matin d'Algérie constate ce silence, alors que des chiffres circulent depuis la veille.
Les décomptes locaux, eux, s'allongent. La journaliste et fact-checkeuse algérienne, Nozha Khelalef, a compilé de son côté 57 noms dès jeudi, à partir des avis de décès, rapporte le site algérien Twala. L'hôpital d'El Milia faisait état le même jour d'au moins 69 morts, selon l'agence italienne ANSA, présente sur place. Vendredi, la commune de Djemâa Beni Habibi a publié une liste nominative de 73 victimes et appelé leurs familles à se manifester auprès des hôpitaux.
Ces chiffres ne s'additionnent pas. Une même victime peut être comptée deux fois, recensée par sa commune puis par l'hôpital qui l'a reçue. Le Parti des travailleurs parle de plusieurs centaines de morts, selon Le Matin d'Algérie, qui y voit une estimation politique qu'aucune liste de noms n'étaye. Le journaliste algérien, Abdou Semmar, avance un bilan local pouvant approcher ou dépasser 93 morts.
Les secours face aux feux
Les données opérationnelles sont publiées chaque jour. Jeudi à 7 heures, la Protection civile recensait 193 incendies, attisés par la chaleur et des vents violents, dont 46 encore actifs dans 13 wilayas. Vendredi matin, 64 foyers brûlaient encore dans 10 wilayas, dont 20 à Jijel, où deux avions Beriev BE-200 et quatre AT-802 étaient engagés, relève Twala.
Le Parti des travailleurs souligne que les interventions de la Protection civile ont été entravées. Il pointe "en particulier l'impossibilité des interventions aériennes de nuit", ce qui a "aggravé les pertes en vies humaines et matérielles". Twala rappelle de son côté que les moyens engagés ne disent pas s'ils ont pu atteindre chaque village à temps.
Au sol, les casernes sont inégalement réparties. Sur les 28 communes de la wilaya de Jijel, 17 n'ont aucune unité de la Protection civile, selon l'inventaire d'Abdou Semmar. Les casernes existantes se concentrent sur le littoral et autour des centres urbains. "On n'a besoin ni d'électricité, ni d'eau, ni de logement, ni de gaz, ni de rien. Éteignez-nous seulement le feu", résumait un habitant à la ministre de la Solidarité, rapporte Twala.
Les moyens promis après 2021
Le drame renvoie aux incendies de Kabylie de 2021 et à leurs 90 morts. Abdelmadjid Tebboune avait alors promis de renforcer les moyens, notamment par l'achat de bombardiers d'eau. Six Beriev ont été commandés, deux seulement sont opérationnels, selon Jeune Afrique.
(Re)lire Algérie: la colère après le drame des incendies
La présidence avait aussi annoncé, en avril 2023, le recours à des aéronefs loués, en chargeant Tassili Airlines d'y contribuer. Plusieurs petites compagnies étrangères ont décroché ces contrats, l'une d'elles, une société argentine, aurait été visée par une enquête fédérale pour corruption, selon Jeune Afrique. Côté casernes, celle de Sidi Abdelaziz, promise en 2018 par le ministère de l'Intérieur, n'apparaît ni dans l'inventaire opérationnel de 2023 ni dans celui de 2026, relève Abdou Semmar.
Abdelmadjid Tebboune ne s'est pas rendu sur place. Parti en vacances une dizaine de jours plus tôt, il n'est allé dans aucune des wilayas sinistrées, note Jeune Afrique. Samedi, le bilan humain de la catastrophe n'était toujours pas consolidé.
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