Soldat de la Légion étrangère capturé en Colombie: qui se cache derrière l'EMC qui revendique une "prise de guerre"?
Par Nadia Bouchenni avec AFP
L'EMC a rejeté l'accord de paix de 2016 signé à l'époque avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), aujourd'hui dissoutes. Le groupe a revendiqué, ce dimanche 30 août, la capture d'un Colombien de la Légion étrangère française.
L'EMC a rejeté l'accord de paix de 2016 signé à l'époque avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), aujourd'hui dissoutes. Le groupe a revendiqué, ce dimanche 30 août, la capture d'un Colombien de la Légion étrangère française.
José Olger Melo Charry, caporal en permission, avait été enlevé le 6 août sur une route du département de Nariño, dans le sud-ouest du pays. Des unités de l'EMC "ont intercepté et fait prisonnier le caporal, membre actif de l'Armée française et appartenant à la Légion étrangère, qui se trouvait en territoire colombien", indique le groupe armé dans un communiqué rédigé en français.
"Sa capture a été effectuée après avoir confirmé sa condition de militaire étranger se déplaçant en zone rurale de la municipalité de Cumbitara, un lieu où se déroulent des opérations militaires contre nos unités", précise le texte.
"Un prisonnier de guerre"
"Nous informons les autorités françaises, sa famille et ses amis que le caporal Melo Charry est vivant, en parfaite santé, et qu'il a reçu des soins médicaux et une alimentation adéquate", assure l'EMC, qui qualifie le soldat de "prisonnier de guerre" et rejette "les termes d'"enlèvement" utilisés "par les autorités colombiennes et les médias”.
Selon le ministère français des Armées, le soldat ne dispose pas de la nationalité française. Il disposait d'un permis l'autorisant à résider en France métropolitaine, mais pas à se rendre en Colombie. Selon RFI, il était d’ailleurs membre de la Légion depuis quatre ans.
Légionnaire en permission
Il aurait été en permission dans son pays d'origine au moment de son enlèvement, a déclaré le colonel Mauricio Osorio à la radio colombienne Blu Radio, cité par la chaîne française BFMTV. Âgé d'une trentaine d'années, le caporal Melo Charry était arrivé en Colombie la veille de son enlèvement et voyageait avec une femme, elle aussi enlevée avant d'être libérée quelques heures plus tard, selon l'armée colombienne.
L'EMC indique que "l'intégrité physique" du caporal est "pleinement garantie tant qu'aucune opération militaire hostile ne sera menée dans la zone", faisant porter au nouveau président colombien, Abelardo de la Espriella, la pleine responsabilité de "toute tentative d'opération de sauvetage militaire qui mettrait en danger la vie du prisonnier de guerre".
Selon l'armée colombienne, le caporal est possiblement retenu aux côtés d'autres militaires colombiens dans une montagne des Andes. Elle avait précisé, vendredi 28 août, ne pas prévoir en l'état d'opération militaire pour le libérer.
Le guérillero le plus recherché de Colombie à leur tête
Investi le 7 août dernier, le président colombien a promis une lutte sans merci contre les guérillas et les narcotrafiquants, ainsi que des campagnes de bombardements massifs contre les cartels de la drogue. Le pays fait face à une série d'attentats, d'assassinats et d'enlèvements survenus ces derniers mois, selon RFI. Des opérations militaires meurtrières ont déjà eu lieu depuis son investiture.
L'EMC a rejeté l'accord de paix de 2016 signé à l'époque avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), aujourd'hui dissoutes. Le groupe est dirigé par un homme connu sous le nom d'Ivan Mordisco, de son vrai nom Nestor Gregorio Vera Fernandez, considéré comme le guérillero le plus recherché de Colombie.
L'EMC trouve son origine dans la rupture du processus de paix de La Havane. En 2016, des commandants du 1ᵉʳ front des FARC, dont Miguel Botache Santillana, alias "Gentil Duarte", et Ivan Mordisco, l'actuel chef de l'EMC, annoncent poursuivre la lutte armée clandestinement, selon InsightCrime. En avril 2017, plusieurs fronts dissidents en font les héritiers des FARC.
Plutôt qu'une fondation à date unique, l'EMC s'est constitué par amalgame progressif de structures dissidentes. En 2018, ses deux commandants étendent leur influence à plusieurs régions du pays, selon la Fundación Ideas para la Paz, qui le décrit comme une fédération de groupes plutôt qu'une organisation hiérarchique unique. À partir de 2019, un rival apparaît : la Segunda Marquetalia, fondée par Luciano Marín Arango, alias Ivan Márquez.
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Gentil Duarte, l'autre chef historique de la dissidence, meurt le 25 mai 2022 au Venezuela, tué par des membres de la Segunda Marquetalia, selon Infobae. Le chef de l'EMC lui succède aussitôt à la tête du groupe, qui entame des négociations avec le gouvernement de l'ancien président colombien dans le cadre de la politique de "paix totale".
Le 30 juillet 2024, le chef de l'EMC annonce la formation d'un "nouvel" État-major central, doté de 21 membres. L'EMC est ainsi devenu l'un des plus grands groupes criminels de Colombie, se consacrant notamment au trafic de cocaïne, mais aussi à la destruction de la forêt pour l'élevage ou à l'orpaillage illégal, selon BFMTV. D'après Radio France International, il y aurait près de 3000 guérilleros du groupe, implantés un peu partout dans le pays.
Au moment de la signature de l'accord de paix avec les FARC en 2016, le commandant de l'EMC, Ivan Mordisco, était un cadre intermédiaire peu influent de la guérilla mais actif dans la forêt amazonienne. Il était toutefois déjà connu pour sa capacité à manier les armes, a raconté une de ses anciennes camarades de lutte dans le département du Guaviare, dans le sud du pays.
Il a gagné en popularité "lorsqu'il est devenu le premier commandant à abandonner le processus de paix" avec les FARC, ce qui lui a "octroyé une grande influence parmi les autres dissidents", selon le site spécialisé Insight Crime, cité par Le Courrier International.
1,4 million de dollars offerts pour toute information
Le chef de l'EMC est activement recherché depuis plusieurs années. Les autorités colombiennes l'accusent de terrorisme, de meurtres et de trafic de drogue. L'ancien président Gustavo Petro avait offert près de 1,4 million de dollars pour toute information pouvant conduire à sa capture. "C'est un trafiquant de drogue déguisé en révolutionnaire”, avait déclaré l'ancien président colombien, selon BFM.
Pour Rodrigo Granda, ancien responsable international des FARC, cité par Le Monde Diplomatique, "ceux qui sont aujourd'hui en armes ont perdu toute vision politique", l'ancien cadre des FARC évoquant des "commandants attirés par l'appât du gain".
Dix ans après la signature de l’accord de paix (2016), la Colombie traverse aujourd'hui une flambée de violences. En avril, peu avant une élection présidentielle sous tension, une bombe a fait 21 morts et 56 blessés parmi les civils dans le département du Cauca.
Il s'agit de l'attentat le plus meurtrier de ces deux dernières décennies dans le pays. Les autorités soupçonnent l'EMC d'avoir voulu tuer des membres des forces de l'ordre. Dans un communiqué, le groupe armé a reconnu "une erreur tactique".
La sénatrice de droite Paloma Valencia, candidate du Centre démocratique à l'élection présidentielle, a affirmé, de son côté, avoir été la cible d'un projet d'attentat fomenté par le groupe, selon BFM.
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