En Ethiopie, vers la création d'un régime présidentiel pour renforcer les pouvoirs d'Abiy Ahmed?
Par AFP Par Tolera FIKRU GEMTA © 2026 AFP
Après plusieurs semaines de discussions, un "dialogue national" en Ethiopie a plaidé pour la création d'un régime présidentiel qui pourrait renforcer les prérogatives et le contrôle du Premier ministre Abiy Ahmed sur le pays.
M. Abiy, 50 ans, dirige le pays d'Afrique de l'Est d'environ 130 millions d'habitants depuis 2018. Sa formation politique, le Parti de la prospérité, a largement remporté les élections législatives de juin, avec plus de 90% des sièges, dans un climat marqué par la répression des voix dissidentes et des médias.
Ces élections ont été suivies d'un "dialogue national" promis depuis plusieurs années, au cours duquel quelque 4.000 délégués se sont réunis dans la capitale, Addis Abeba, pour discuter des nombreux défis du pays, en particulier de ses profondes divisions ethniques et des conflits armés en cours, notamment dans les deux régions les plus peuplées.
Au terme d'un mois de discussions parfois animées, qui s'est achevé le 22 août, les délégués ont soutenu à une écrasante majorité les projets visant à fusionner la fonction de Premier ministre et de président, jusqu'alors largement honorifique, en une nouvelle "présidence exécutive".
Le projet pourrait être soumis au Parlement dès sa rentrée en octobre. La plupart des observateurs estiment que M. Abiy, absent du dialogue, obtiendra le poste si le projet aboutit, car le nouveau président sera choisi par un Parlement dominé par ses partisans.
Cela créera un "pays plus unifié pour surmonter les défis auxquels la nation est actuellement confrontée", a déclaré à l'AFP Tiglu Melese, secrétaire général de la chambre haute du Parlement.
Mais les opposants à cette réforme craignent que ce système ne permette au chef de l'exécutif de renforcer son emprise sur le pays, à l'instar du Turc Recep Tayyip Erdogan lorsqu'il est passé du poste de Premier ministre à une présidence exécutive nouvellement créée en 2014.
Cela va "concentrer le pouvoir entre les mains d'un seul individu", craint l'analyste politique Befekadu Hailu.
"Gouvernance démocratique "
L'Ethiopie, deuxième pays du continent, est confrontée à des insurrections armées en Oromia et en Amhara, et un regain de tensions dans la région septentrionale du Tigré fait ressurgir le spectre d'une nouvelle guerre, après celle qui avait ravagé la région entre 2020 et 2022 et fait plus de 600.000 morts.
Les critiques de ce dialogue national — qui a exclu les groupes armés et a été boycotté par les principaux partis d'opposition — affirment qu'il n'a guère permis de répondre à ces défis.
Le dialogue "ne peut garantir les deux plus grands besoins du pays : une paix et une stabilité durables, et une gouvernance démocratique", a déclaré Merera Gudina, président d'une alliance de partis d'opposition, qui n'a pas participé aux débats.
Les recommandations "devraient être complétées par des négociations de paix entre le gouvernement, les groupes armés et les partis politiques d'opposition pour faire taire les armes", a plaidé de son côté Naga Tesfaye, expert en consolidation de la paix ayant servi de facilitateur lors du dialogue.
Les débats ont parfois été houleux, notamment sur la question très sensible du statut spécial de la capitale. La région Oromia, qui l'englobe, la revendique depuis de nombreuses années.
Certains participants ont toutefois salué cette initiative comme un rare exemple de débat ouvert dans un pays habitué à un régime autoritaire.
"Rassembler pour la toute première fois des groupes ayant des visions opposées de l'État éthiopien a été en soi un exercice réussi", a estimé Alamrew Yirdaw, participant et membre d'un parti d'opposition en Amhara.
La vice-présidente de la commission du dialogue, Hirut Gebreselassie, "espère que les questions litigieuses concernant l'État éthiopien seront progressivement résolues, que la méfiance mutuelle entre les gens diminuera et que la paix s'instaurera peu à peu grâce à ce processus de dialogue".
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