Soudan: 1.100 civils tués par des frappes de drones en six mois, alerte l'ONU
Par Nadia Bouchenni
Au Soudan, les frappes de drones ont tué environ 1.100 civils entre janvier et juin 2026, soit près de 80% des 1 400 morts civils recensés sur la période, a annoncé Rosemary DiCarlo, responsable de l'ONU, lundi 24 août devant le Conseil de sécurité.
Au Soudan, les frappes de drones ont tué environ 1.100 civils entre janvier et juin 2026, soit près de 80% des 1 400 morts civils recensés sur la période, a annoncé Rosemary DiCarlo, responsable de l'ONU, lundi 24 août devant le Conseil de sécurité.
Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, cité par la responsable onusienne, ce sont donc les frappes de drones qui constituent désormais la première cause de mortalité civile au Soudan. Le nombre réel de morts depuis le début du conflit reste impossible à établir en raison des difficultés d'accès aux zones touchées, mais il pourrait atteindre plusieurs centaines de milliers, a averti Rosemary DiCarlo, selon la même source.
Le Kordofan du Nord, au sud de Khartoum, continue de subir de nombreuses attaques de ces engins. Les frappes à proximité de la ville d'El Obeid ont provoqué la fuite de plus de 15000 familles, a confirmé Tom Fletcher, chef des opérations humanitaires de l'ONU, qui en a fait état devant le Conseil de sécurité. À El Obeid, marchés, stations-service et infrastructures électriques et hydrauliques ont été frappés, aggravant une crise déjà marquée par la faim et les déplacements massifs.
La région de Tine, dans le Darfour du Nord, frontalière avec le Tchad, n'est pas en reste. Le Tchad affirme lui-même avoir essuyé une frappe la semaine passée, qu'il attribue à l'armée soudanaise.
Une guerre de drones malgré l'embargo international
La guerre au Soudan s'est transformée en guerre de drones, révélant l'inefficacité de l'embargo international sur les armes pesant sur le pays, selon l'ONG Acled, qui recense les violences armées dans le monde.
L'armée soudanaise utilise des drones iraniens, pakistanais et turcs, achetés en grande partie grâce à son partenaire saoudien. Les Forces de soutien rapide (FSR) disposent, quant à elles, de drones chinois et turcs, fournis par les Émirats arabes unis via la Libye et le Tchad, toujours selon l'ONG.
Le 23 mai dernier, un drone Akinci de l'armée soudanaise a intercepté en plein vol, à coups de missile, un drone Akinci des FSR. Il s'agit du deuxième combat aérien de drone contre drone depuis le début de la guerre, selon Acled.
Face à ce constat, les États-Unis ont récemment proposé au Conseil de sécurité d'étendre l'embargo sur les armes, aujourd'hui limité au Darfour, à l'ensemble du territoire soudanais.
El Obeid, nouvel épicentre de la guerre
C'est désormais autour d'El Obeid, la capitale du Kordofan du Nord, que se joue une partie décisive du conflit. Fin juillet, les forces armées soudanaises avaient réalisé une rare percée en reprenant plusieurs localités, dont Bara, sur l'axe reliant Khartoum à El Obeid, selon l'ONU. Les FSR ont depuis intensifié leur riposte par des frappes de drones sur la ville.
Plusieurs organisations humanitaires, dont Médecins sans frontières, redoutent désormais que ne se reproduise le scénario d'El-Fasher, au Darfour du Nord, conquise par les paramilitaires en octobre 2025 après dix-huit mois de siège et théâtre d'atrocités à grande échelle.
“Drones, armes et mercenaires”
Devant le Conseil de sécurité, Rosemary DiCarlo a par ailleurs alerté sur la fragmentation croissante du conflit. Mouvements armés et milices locales se multiplient. Chacun a ses propres intérêts territoriaux. La sophistication des armements employés confirme, selon elle, un soutien extérieur aux deux camps. Les deux parties restent enfermées dans une "logique militaire à somme nulle", déclare-t-elle.
La diplomatie peine à suivre. Les États-Unis, l'Arabie saoudite, l'Égypte et les Émirats arabes unis tentent de négocier une trêve humanitaire, tandis qu'un autre format réunissant l'ONU, l'Union africaine et des organisations régionales prépare de nouvelles consultations politiques en septembre à Addis-Abeba, où doit se tenir le prochain tour de pourparlers entre acteurs politiques et civils soudanais.
(Re)Lire Quel rôle joue les Émirats arabes unis dans la guerre au Soudan?
Pendant ce temps, ce sont plus des deux tiers des Soudanais qui ont besoin d'une aide vitale. À peine plus de 40 % des 2,87 milliards de dollars réclamés pour financer la réponse humanitaire ont été reçus, et le plan régional destiné aux réfugiés n'est financé qu'à 17 %, selon l'ONU.
Devant le Conseil, Tom Fletcher a renoncé à répéter ses habituels appels au respect du droit humanitaire et au financement de l'aide. "Le Soudan ne souffre pas d'un manque d'analyses. Il souffre d'un manque d'action", a-t-il lancé. "Le peuple soudanais a besoin de nourriture, d'eau et de médicaments. Pourtant, le monde envoie des drones, des armes et des mercenaires", a-t-il déploré.
Today