Crue dans l'Himalaya: les opérations de secours compliquées par la montée des eaux
Par AFP Par Arunabh Saikia et Paavan Mathema à Katmandou © 2026 AFP
De fortes pluies et la montée des eaux compliquent dimanche les périlleuses opérations de secours au Népal, menées à la suite de la crue dévastatrice qui a fait au moins 750 morts à la frontière avec la Chine.
Plus de 3.000 personnes dont des centaines d'étrangers restent portées disparues à la suite du désastre survenu dans l'Himalaya mercredi, qui a vu une mer de boue et de débris engloutir des villages entiers en raison de l’effondrement d'un glacier.
Outre l'ampleur de la catastrophe qui laisse de nombreuses familles sans nouvelle de leurs proches disparus, les secours sont confrontés à de nombreux dangers avec des routes impraticables, des communications détruites ainsi que le risque d'un nouveau déchaînement naturel.
Une nouvelle fois dimanche, les autorités népalaises les ont appelés à la "prudence", s'inquiétant cette fois d'une augmentation du débit de la rivière Bhotekoshi, dans le district de Rasuwa.
La montée des eaux et les pluies dans la zone ont en outre "inondé la zone de recherche" d'ouvriers bloqués dans un tunnel, a indiqué dimanche l'armée népalaise.
Selon le gouvernement, plus de 100 ouvriers pourraient être encore en vie dans des tunnels de chantiers de barrage hydroélectrique. Sur le site de Trishuli 3A, les équipes de secours de l'armée avaient pourtant réussi samedi soir à percer un passage pour laisser passer l'oxygène, espérant ensuite envoyer une équipe.
"On n'y arrive pas"
Côté chinois cependant, l'importante retenue d'eau qui s'est formée en amont du poste-frontière de Gyirong, à 1.830 m d'altitude, et menaçait de céder brutalement, présente désormais "un écoulement naturel normal", a précisé samedi soir l'agence de presse Chine nouvelle, citant le ministère chinois des Ressources en eau.
Des milliers de secouristes chinois sont à pied d'oeuvre pour se frayer un chemin vers le coeur de la zone dévastée, certains devant être hélitreuillés par des drones.
Selon les bilans officiels encore très provisoires dimanche, un total de 750 corps - 734 côté népalais, 16 sur le territoire chinois du Tibet - ont été exhumés depuis mercredi de l'épaisse couche de boue et des décombres des bâtiments, routes, ponts et chantiers balayés par la vague.
Les autorités peinent à retrouver la trace de plus de 3.000 personnes - 2.498 au Népal et 546 côté chinois - dont elles sont sans nouvelles depuis mercredi.
Le bureau du Premier ministre népalais a indiqué que les équipes de secours avaient travaillé toute la nuit.
"Les gens veulent absolument retrouver leurs proches, morts ou vifs, mais on n'y arrive pas (...) Regardez toute cette boue", a confié à l'AFP un secouriste de la sécurité civile népalaise, Kawan Koirala, après 18 heures de travail sans interruption. "C'est très perturbant pour moi aussi. C'est la première fois que je vois ça".
Pèlerins
Parmi les disparus, figurent des centaines de touristes, de pèlerins qui se rendaient sur le mont sacré Kailash au Tibet et d'ouvriers étrangers, ainsi qu'un nombre toujours croissant d'habitants des villages dévastés.
L'espoir des proches des disparus s'amenuise au quartier général de campagne des secours népalais, à Bidur. "Cela fait déjà plus de trois jours", a constaté samedi auprès de l'AFP Rishi Shrestha, sans nouvelles de son cousin. "Il y a 99% de risques pour qu'il ne soit plus en vie".
Même s'il est encore trop tôt pour une évaluation précise, le ministre népalais des Affaires étrangères a d'ores et déjà estimé à "plusieurs milliards de dollars" le coût de la reconstruction, et fait appel "au soutien de la communauté internationale".
Après l'Union européenne notamment, les Etats-Unis ont annoncé samedi débloquer 3,6 millions de dollars d'aide humanitaire pour le Népal, y compris sous forme d'aide alimentaire d'urgence pour les habitants de la zone.
Experts et scientifiques attribuent la catastrophe à l'effondrement d'un énorme glacier qui a transformé, en un instant, une paisible rivière en un fleuve en furie.
"Le réchauffement climatique provoqué par la combustion par l'humanité de quantités colossales de charbon, de pétrole et de gaz, rend des tragédies comme celle-ci, et tant d'autres à travers le monde, beaucoup plus probables, fréquentes et graves", a alerté Simon Stiell, responsable de l'ONU Climat, dans un communiqué.
"Le Népal émet moins de 0,01% des gaz à effet de serre, mais nous, le peuple népalais, sommes parmi les principales victimes du changement climatique", a séparément souligné Shisir Khanal, ministre des Affaires étrangères du pays.
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