Football: la Fédération djiboutienne accusée de détourner les fonds versés par la Fifa
Par TV5MONDE avec AFP
Acte de "favoritisme" présumé, soupçons "de détournement de fonds", démission d'un dirigeant dénonçant "l'utilisation des ressources": la Fédération djiboutienne de football (FDF) est dans la tourmente. Un rapport de l'Inspection générale de l'État (IGE) pointe de nombreuses irrégularités.
Acte de "favoritisme" présumé, soupçons "de détournement de fonds", démission d'un dirigeant dénonçant "l'utilisation des ressources": la Fédération djiboutienne de football (FDF) est dans la tourmente. Un rapport de l'Inspection générale de l'État (IGE) pointe de nombreuses irrégularités.
La Fifa et la Confédération africaine de football (CAF) contribuent pour l'essentiel au budget de la FDF, en versant plus d'un million de dollars chaque année à la petite fédération djiboutienne. La CAF, avec 54 pays membres, est un soutien de poids de Gianni Infantino, président de la Fifa dont le projet avorté d'ouverture à des investisseurs privés a provoqué une tempête dans le foot mondial.
"La Fifa nous a officiellement confirmé qu'à ce jour, ses mécanismes de contrôle n'avaient relevé aucune indication d'acte répréhensible en relation avec les fonds qu'elle a versés" à la fédération, a assuré à l'AFP son président Souleiman Hassan Waberi.
Partisan affirmé de Gianni Infantino, celui qui dirige la Fédération djiboutienne de football est membre du conseil de la Fifa en tant que vice-président de la Confédération africaine de football (CAF).
Une mauvaise gestion des finances
Dans un rapport confidentiel de juin 2024, dont l'AFP a obtenu la copie, l'Inspection générale de l'État (IGE), rattachée à la présidence djiboutienne et en charge des audits au sein d'institutions publiques ou privées, a pointé des "lacunes significatives (qui) persistent dans la gestion des finances" au sein de la fédération.
Selon le journaliste indépendant Romain Molina, la fédération a reçu de la Fifa entre 2016 et 2022 plus de 11 millions de dollars.
Le rapport d'une soixantaine de pages porte sur la période entre 2019 et 2023.
L'audit s'est notamment penché sur le nouveau siège de la fédération, financé par... la fédération saoudienne de football pour un montant de 400.000 dollars. Un appel d'offres a été passé et un classement effectué mais l'IGE a noté que l'entreprise sélectionnée "n'était que classée seconde" et environ 17.000 euros plus chère que l'offre la mieux classée, concluant que la fédération a, dans ce cas, "fait preuve de favoritisme".
"Même l'eau est surfacturée"
Selon le rapport, "la majorité des prestations sont surfacturées". C'est ce qu'a constaté également Romain Molina: même l'eau est surfacturée. Mais ce qui a le plus fait bondir le journaliste indépendant c'est l'état du centre technique, où sont formés les jeunes, et qui a été financé par la Fifa. Ce centre est en ruines, envahi par les fientes d'oiseaux et il pleut dans les dortoirs.
Souleiman Hassan Waberi reconnaît, "sur certaines opérations", des "insuffisances en matière de mise en concurrence", tout en affirmant que le marché djiboutien est "relativement restreint". Il assure que la fédération a depuis ce rapport "considérablement renforcé son dispositif".
Les inspecteurs ont également noté "les habitudes d'utilisation des transactions en espèces" de la FDF, affirmant que cela peut "créer des opportunités de fraude et de détournement de fonds". Romain Molina a constaté en 2021 et 2022, 500.000 $ en liquide ont été sortis des caisses de la fédération. Ces mouvements de fonds ne sont pas repertoriés dans les documents comptable. Certains payements sont intraçables et il n'y a pas de factures.
"Certains bénéficiaires ne disposent pas d'un compte bancaire", se défend le dirigeant.
Des résultats qui ne sont pas à la hauteur des investissements
Sans compter que les résultats de la fédération sont catastrophiques. Au 20 juillet 2026, Djibouti occupe la 196ᵉ place mondiale, avec 854 points. Le pays est très loin de son meilleur classement historique, la 169ᵉ place atteinte en décembre 1994. Il a également connu le 203ᵉ rang en 2015.
Les résultats lors de la dernière CAN en 2025 n'ont guère été brillants. Dans le groupe A, Djibouti a subi une lourde défaite 4-1 contre le Faso en mars 2025, avant de s’incliner 6-1 face à l’Éthiopie quelques jours plus tard analyse le quotidien "La Nation". À la reprise de la compétition, les Djiboutiens ont encore été battus 6-0 par le Burkina Faso, puis 2-0 par la Guinée-Bissau en septembre 2025. Après six journées de cette compétition, Djibouti ne comptait qu’un seul point et occupait la dernière place du groupe.
Le constat est moins sévère dans la qualification pour la CAN 2027 fait remarquer "La Nation". Opposée au Soudan du Sud au tour préliminaire, la sélection djiboutienne est battue par le score de 4-0 à l’aller, avant de s’imposer 1-0 au retour. Cette victoire constitue un motif de satisfaction, mais elle n’a pas suffi à empêcher l’élimination. Ce sont précisément ces résultats qui alimentent le débat actuel. Comment expliquer que les investissements réalisés depuis plusieurs années ne se traduisent pas encore par une sélection plus compétitive se demande à juste titre le journaliste de "La Nation" Rachid Bayleh.
Interrogées par l'AFP sur les accusations de favoritisme et d'absences d'appel d'offres, les autorités djiboutiennes n'ont pas donné suite.
Un dirigeant de club, qui a requis l'anonymat, déplore à l'AFP que "les ressources de la FDF ne soient pas utilisées pour le développement du football", menaçant de boycotter la reprise du championnat en septembre si Souleiman Hassan Waberi reste en poste.
"Quand je vois ce que le Cap-Vert est capable de faire (en référence à la sélection du petit État insulaire d'Afrique qui a atteint les 16es de finale du dernier Mondial pour sa première participation, NDLR), les infrastructures du Malawi, ou de la Mauritanie, je me dis qu'il y a un problème de fonctionnement au sein de notre fédération", déplore-t-il encore.
Yesterday