Le sol se dérobe sous Johannesburg, à cause des mines clandestines
Par AFP Par Jeanette CHABALALA © 2026 AFP
Les fissures et pans de route effondrés de Wemmer Pan Road, un axe autrefois très fréquenté de Johannesburg, reflètent à la surface le sous-sol transformé en gruyère de la capitale économique de l'Afrique du Sud sous l'effet de l'exploitation minière illégale.
Ces chercheurs d'or - mais pas seulement - fragilisent les infrastructures de Johannesburg, ses réseaux de transport et d'électricité, et jusqu'aux habitations. Ils engendrent aussi des rivalités entre gangs qui se règlent dans la violence, dénoncent riverains et autorités.
"D'abord, des explosions et des secousses sont venues du sous-sol, et on sentait notre appartement trembler", raconte à l'AFP Voneen Trompeter, 45 ans, habitante de Roodepoort, au nord-ouest du centre-ville. "Maintenant, il y a des fusillades dans le quartier. C'est effrayant!"
Appelés "zama zamas" - "ceux qui essaient" en zoulou -, ces mineurs sans autorisation, souvent originaires de pays voisins, investissent des puits abandonnés ou en creusent de nouveaux.
Membre de l'assemblée provinciale de la province du Gauteng - dont Johannesburg est la capitale - Michael Sun accuse ces hommes de voler des câbles électriques, d'endommager des conduites d'eau et d'éventrer des routes. "Qui en souffre? Ce sont les habitants", dénonce-t-il.
Un chef d'entreprise du quartier de Denver, dans le centre-ville, montre à l'AFP un énorme trou situé à une centaine de mètres de son usine, d'où il voit de nombreux "zama zamas" surgir chaque semaine.
"On est inquiets de ce qui se passe sous nos bâtiments", témoigne cet homme de 63 ans, ayant demandé à garder l'anonymat par crainte de représailles. Les fissures qu'il montre dans ses locaux sont dues aux explosions souterraines, selon lui.
Or fondateur
Le réseau électrique de la ville en souffre aussi, d'après le distributeur. "Les excavations souterraines ont compromis la stabilité du sol, mettant en péril des postes de transformation, des transformateurs, des pylônes et des lignes à haute tension", affirme Isaac Mangena, porte-parole de City Power.
"Dans certaines zones, les infrastructures ont déjà commencé à s'affaisser, à mesure que l'exploitation minière illégale continue de s'étendre sous la surface", ajoute-t-il.
En mars, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a déployé des soldats pour renforcer les opérations de police contre la criminalité et l'exploitation minière illégale.
Née de la ruée vers l'or des années 1880, Johannesburg compte des centaines de puits abandonnés le long de son principal filon aurifère - l'exploitation commerciale se faisant désormais plus à l'écart.
Si certains sont exploités par les "zama zamas", beaucoup sont remplis d'eaux acides qui contribuent aux affaissements de terrain, estime l'expert minier David van Wyk.
"La situation va encore empirer en termes de dégâts aux infrastructures", avertit ce chercheur qui évalue à 34.000 le nombre de ces mineurs sans autorisation.
De plus en plus de "maisons vont se fissurer et s'effondrer dans des trous", prédit-il.
"Ils font la loi"
Dans un village minier près de Carletonville, à environ 75 kilomètres à l'ouest de Johannesburg, des "zama zamas" ont pris le contrôle d'une école abandonnée, interdisant à quiconque de s'en approcher.
Dehors, des hommes sont assis, certains enveloppés dans des couvertures, d'autres portent des pelles et des bottes de mineurs.
Ils disent venir du Lesotho et du Mozambique. L'un d'eux confie à l'AFP qu'il peut gagner jusqu'à 15.000 rands (800 euros) dans les bons jours et plus de 100.000 rands par mois, soit environ 5.300 euros. Beaucoup pour le pays.
"Je suis ici depuis quatre ans, et ce travail fait vivre ma famille", explique cet homme de 27 ans, originaire du Lesotho et père de trois enfants.
La zone est devenue "chaotique" depuis que ces mineurs sont arrivés, affirme le conseiller municipal Moiketsi Ntilane.
"Ils font la loi", raconte-t-il. "Les familles vivent dans la peur. Ils sont impitoyables, armés, et n'hésitent pas à tuer."
Dans la province voisine du Nord-Ouest, les dégâts provoqués par l'exploitation minière illégale sautent aux yeux dans le village de Bapong, à une soixantaine de kilomètres de Johannesburg.
Plusieurs maisons sont bordées d'immenses fosses creusées à l'aide de pelleteuses par des mineurs en quête de gisements de chrome.
Des patrouilles régulières de la police et de l'armée tiennent désormais les "zama zamas" à distance, mais la population doit vivre avec les conséquences de leur passage.
"Ces trous sont dangereux car ils sont remplis d'eau, et nos enfants passent devant tous les jours pour aller à l'école et faire leurs courses", explique Sarah Rakgwanhla, une riveraine de 63 ans. "Il nous faut de l'aide pour les reboucher."
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