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Giorgia Meloni, Elly Schlein et la vie privée violée : l'Italie secouée par le scandale Phica.eu

Europe • Aug 29, 2025, 5:18 AM
10 min de lecture
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Même les plus hautes fonctions de l'État n'échappent pas au mécanisme pervers qui mêle voyeurisme, violence de genre et technologie.

Giorgia Meloni et Elly Schlein, Première ministre italienne et secrétaire du principal parti d'opposition, se sont retrouvées dans la vitrine numérique de Phica.eu, un forum actif depuis 2005 (comptant selon la presse italienne quelque 700 000 utilisateurs et 10 millions de messages) qui collecte des photos volées et « deepfakes » de figures de la politique italienne et d’anonymes.

Il ne s'agit pas d'un site pornographique au sens strict, mais d'un espace construit pour observer, cataloguer et commenter crûment les corps féminins, sans consentement, comme s'il s'agissait d'objets d'exposition collective.

Les "politiciennes en chaleur"

Des clichés privés volés, des photos prises à leur insu ou des agrandissements morbides apparaissent sur les pages du forum : la Première ministre Meloni au bord de la mer en train de somnoler ou de s'enduire de crème, la secrétaire du Parti démocrate Schlein de dos lors d'un match de charité, d'autres photos tirées directement de ses profils sociaux.

À leurs côtés, de nombreuses autres figures de la politique italienne : de la secrétaire de Noi Moderati Mara Carfagna à la cheffe de groupe d'Italia Viva à la Chambre des députés Maria Elena Boschi, de la sénatrice Mariastella Gelmini - qui s'est même retrouvée victime d'un deepfake la montrant sein dénudé - à des ministres en exercice comme Anna Maria Bernini et Daniela Santanchè, l'eurodéputée du Parti démocrate Alessandra Moretti, la cheffe du groupe du Parti démocrate latino Valeria Campagna, l'ancienne sous-secrétaire Alessia Morani ou la maire de Florence Sara Funaro.

Les images étaient accompagnées de commentaires vulgaires, réduits à un prétexte de moquerie ou de désir, dans un fil de discussion au titre emblématique : "politiciennes en chaleur".

La plainte et l'enquête de la police postale

Le site a été supprimé après les plaintes, mais des traces restent facilement accessibles dans les moteurs de recherche. La police s'en occupe désormais, appelée à faire la lumière sur un phénomène qui ne concerne plus seulement l'érosion de la vie privée, mais touche directement à la représentation démocratique.

C'est la députée européenne Alessandra Moretti qui l'a ouvertement dénoncé, en déclarant au Corriere della Sera qu'elle avait trouvé des photos d'elle parmi celles présentes sur le forum.

Ceux qui jouissent d'une plus grande visibilité ont le devoir de défendre la sécurité des femmes. Les sites web qui incitent à la violence doivent être fermés et interdits.
Alessandra Moretti
Députée européenne du Parti démocrate (Alliance progressiste des socialistes et démocrates)

Un appel repris par d'autres collègues, dont l'ancienne députée démocrate Alessia Morani et la conseillère municipale de Latina et secrétaire adjointe du parti démocrate du Latium Valeria Campagna, elles aussi victimes involontaires de l'exposition numérique.

« J'ai découvert que, depuis des années, il volait des photos et des clips d'émissions de télévision auxquelles j'avais participé, puis les modifiait et les livrait en pâture à des milliers d'utilisateurs », confie également sur ses réseaux sociaux l'eurodéputée du PD, Alessandra Moretti. Des images suivies d'une « longue liste de commentaires obscènes portant atteinte non seulement à ma sphère sentimentale mais aussi à la sécurité de nombreuses femmes exposées à cette nouvelle tendance répugnante de photos publiées sans consentement », ajoute la parlementaire.

Des commentaires que Valeria Campagna, cadre démocrate dans le Latium, a même tenu à exposer au grand jour, sur son compte Instagram. « Certains commentaires parlent de mon corps dans la vie quotidienne. Cela signifie que ce sont des gens qui me connaissent, qui viennent de la même ville que moi et qui se sentent autorisés à parler de moi comme si j'étais leur chose », s'inquiète-t-elle.

Le précédent de "Ma femme"

Mais Phica.eu n'est pas un cas isolé. Il s'agit plutôt de la dernière pièce d'une dérive qui trouve son origine dans un précédent encore plus sensationnel : le groupe Facebook “Mia Moglie” ("Ma femme" in italien). Apparu l'année dernière et démantelé après des milliers de signalements, ce groupe comptait plus de 32 000 membres et fonctionnait comme une archive d'images intimes d'épouses, de petites amies, de compagnes ou de femmes sans méfiance, partagées sans consentement pour être commentées, échangées, vilipendées.

Selon les données recueillies par la police, près de trois mille signalements sont arrivés sur ce seul groupe, auxquels s'ajoutent des centaines de plaintes liées à d'autres forums et canaux similaires.

Le mécanisme est le même : normaliser la violation de la vie privée, transformer la vie quotidienne en marchandise numérique, légitimer une forme de contrôle et de possession masculine sur le corps des femmes.

Capture d'écran du groupe Facebook « Ma femme »,  désormais fermé
Capture d'écran du groupe Facebook « Ma femme », désormais fermé screenshot fb

Du groupe "Ma femme" au forum Phica.eu, le public des victimes a changé - de milliers de femmes ordinaires à des dirigeants politiques - mais pas la logique sous-jacente : celle d'une pornographie non consensuelle qui n'a pas besoin de nudité explicite pour produire de la violence. Il suffit d'une photo à la plage, d'un sourire sur les réseaux sociaux, d'un geste ordinaire extrapolé et rendu public, pour qu'il se transforme en prétexte à l'humiliation collective.

Martina Semenzato, présidente de la Commission d'enquête parlementaire sur le féminicide, a parlé d'une "dérive qui nous horrifie", rappelant que le "revenge porn" est un crime très grave, passible d'une peine pouvant aller jusqu'à six ans d'emprisonnement, même pour ceux qui diffusent ou partagent simplement des images.

Il ne peut pas y avoir de condamnation "plus ou moins" : ce qu’il faut, c’est un mépris commun, masculin et féminin, envers un phénomène qui porte atteinte à la dignité de tous.
Martina Semenzato
Présidente de la Commission d'enquête parlementaire sur le féminicide

Les élues invitent les Italiens à « signaler en masse » ce genre de « sites qui incitent au viol et à la violence », demandant expressément leur fermeture et leur interdiction. Et de lancer un appel au sursaut dans les rangs de la gent masculine : « Il faut que les hommes prennent leurs responsabilités. Il faut que la société cesse de minimiser et de justifier ça », peut-on lire.

Mais le problème n'est pas seulement juridique. Il est culturel. Il concerne l'idée même du corps féminin dans l'espace public. La photo volée de la première ministre alors qu'elle se repose sur la plage, ou celle de la secrétaire du Parti démocrate lors d'un événement caritatif, montrent que même les personnalités politiques les plus visibles peuvent être réduites à des cibles de désir voyeuriste.

C'est la confirmation que, dans l'écosystème numérique, le pouvoir et la reconnaissance sociale ne suffisent pas à protéger contre l'érosion de la dignité. La violence de genre s'actualise, change de peau, exploite la technologie pour amplifier sa portée. Du groupe Facebook "Me femme" au forum Phica.eu, le fil rouge qui relie voyeurisme, violence et numérique ne pourra être rompu que par une dénonciation collective et une réponse institutionnelle adéquate.


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