Cameroun : "L'appel de l'histoire" avant la présidentielle

Par TV5MONDE NAMOURI DOSSO


L'écrivaine Calixthe Beyala, signataire d'une tribune appelant l'opposition camerounaise à s'unir pour l'alternance, plaide pour une action concrète avant la présidentielle du 12 octobre.

L'écrivaine Calixthe Beyala, signataire d'une tribune appelant l'opposition camerounaise à s'unir pour l'alternance, plaide pour une action concrète avant la présidentielle du 12 octobre.
Le Cameroun se prépare à une élection présidentielle cruciale prévue pour le 12 octobre prochain. Avec 12 candidats en lice, dont le président sortant Paul Biya, âgé de 92 ans et au pouvoir depuis 42 ans, cette élection est perçue comme un moment décisif pour l'avenir politique du pays.
Le quotidien camerounais *Le Jour* a récemment publié une tribune intitulée "L'appel de l'histoire", signée par plusieurs intellectuels camerounais, appelant à l'union de l'opposition pour favoriser une véritable alternance démocratique. Ces voix s'élèvent contre ce qu'elles considèrent comme une dérive autoritaire du processus électoral.
Le texte, signé par des personnalités telles que la romancière Calixthe Beyala, l'avocate Alice Com, le réalisateur Jean-Pierre Bekolo, et les universitaires Stéphane Akoua et Baba Wamé, dénonce la sélection arbitraire des candidatures pour les prochaines élections présidentielles. Sur plus de 80 candidatures, seules une douzaine ont été retenues, ce qui, selon les auteurs, va à l'encontre de l'esprit des lois électorales.
Un appel à l'union de l'opposition
Calixthe Beyala, écrivaine et signataire de la tribune, souligne l'urgence d'une action concertée de l'opposition. Sur le plateau du journal Afrique de TV5MONDE, elle déclare que le Cameroun ne peut plus se permettre de vivre dans l'instabilité et la précarité. "Il faut agir maintenant. On a attendu, on a cru que les politiques allaient faire le nécessaire pour que nous sortions de ces zones sombres de turbulences au Cameroun", explique-t-elle sur le plateau de TV5MONDE.
Elle critique le manque d'union des partis d'opposition, les exhortant à dépasser leurs divergences pour présenter un front uni capable de défier le régime en place. "L'opposition est juste fragmentée, égoïste et égocentrée", déclare-t-elle.
Calixthe Beyala insiste sur le fait que l'opposition doit se concentrer sur l'intérêt du peuple, plutôt que sur des querelles internes : "L'urgence, ce n'est pas soi, son petit égo. C'est de sortir un peuple de la misère. C'est de sauver un peuple, sauver un pays", scande-t-elle sur le plateau du journal Afrique.
Des intellectuels toujours engagés
L'écrivaine camerounaise défend également le rôle des intellectuels dans le processus de changement, malgré les critiques de certains Camerounais qui les accusent d'être déconnectés des réalités locales. Elle affirme son engagement personnel en faveur du Cameroun, soulignant ses actions concrètes sur le terrain, comme la construction d'un pont pour les plus démunis.
Elle dénonce les pressions exercées sur les intellectuels, souvent contraints à l'exil ou réduits au silence. "Certains sont morts en chemin, à l'étranger ou dans le pays, certains ont disparu. On oublie les contestations des élites aux Etats-Unis qui se sont fait assassiner. Les élites camerounaises ont toujours protesté", déclare-t-elle.
La tribune met en lumière les nombreux défis auxquels le Cameroun est confronté, notamment les tensions séparatistes dans les régions anglophones et les incursions de Boko Haram dans le nord du pays. "La guerre dans notre zone anglophone dure depuis des années. Nous y perdons beaucoup de nos enfants. C'est une hémorragie pour le Cameroun", déplore l'écrivaine.
Calixthe Beyala appelle à une pacification, plutôt qu'à une simple paix, pour instaurer un climat propice à une transition politique. Elle évoque également la nécessité d'une décentralisation pour mieux gérer les disparités régionales et répondre aux aspirations d'autonomie des différentes régions.
La tribune propose l'organisation d'assises nationales afin de définir un nouveau pacte républicain. Calixthe Beyala insiste sur l'importance d'inclure toutes les élites du pays dans ce processus, à l'exception de celles qui profitent de l'état actuel de désagrégation. Elle exprime l'espoir d'un Cameroun respecté, avec moins de corruption et plus de justice sociale. "99% des Camerounais veulent le changement. Ils veulent un autre président. Ils veulent la refondation de l'État. Ils veulent une forme de décentralisation", expose-t-elle.
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