Madagascar: ce que l'on sait sur l'affaire des Boeing 777 livrés à l'Iran dans laquelle 22 personnes sont en détention

Par Philippe Randrianarimanana


Cinq avions de ligne de la compagnie américaine Boeing, immatriculés par l'Aviation civile de Madagascar (ACM), ont été localisés à l'été 2025 en Iran, en contournement de sanctions internationales contre la République islamique. 22 personnes ont été placées en détention préventive sur la Grande Île, mais l'enquête est encore loin de pouvoir tirer des conclusions.

Cinq avions de ligne de la compagnie américaine Boeing, immatriculés par l'Aviation civile de Madagascar (ACM), ont été localisés à l'été 2025 en Iran, en contournement de sanctions internationales contre la République islamique. 22 personnes ont été placées en détention préventive sur la Grande Île, mais l'enquête est encore loin de pouvoir tirer des conclusions.
C'est une enquête d'envergure menée à Madagascar, mais sa résonance porte au-delà des frontières de la Grande Île. Vingt deux personnes, physiques et morales, ont été entendues samedi par le parquet du Pôle anticorruption (PAC) dans l'enquête sur les cinq Boeing 777-200 livrés à l'Iran en violation de l'embargo international.
Dans cette affaire, révélée en juillet 2025 par le média spécialisé Le Journal de l'aviation, l'Aviation civile de Madagascar (ACM) est mise à l’index, impliquée en raison de certificats d'immatriculation attribués à ces aéronefs. Après avoir transité dans plusieurs pays d'Asie du Sud-est, ces cinq avions ont finalement été livrés en Iran au profit de la compagnie Mahan Air. Les avions ont rejoint l'Iran via le Cambodge le 15 juillet, sans avoir jamais touché le sol de la Grande Île.
Madagascar a permis de contourner les sanctions contre l'Iran
Quasiment un mois après, ce dimanche 24 août, 22 personnes ont été placées en détention provisoire. Au total, 33 personnes ou entités sont impliquées. Le PAC a énuméré les "graves" chefs d'inculpation retenus: corruption, abus de fonction, faux en écriture publique, association et recel de malfaiteurs, usurpation de titres, atteinte à la sureté intérieure de l'État.
Parmi les inculpés, des hauts responsables de l'ACM dont le Directeur général de cette autorité, le colonel Gervais Damasy. Deux hommes d'affaires sont considérés comme les principaux suspects: un Malgache dénommé Heriniaina Rijasoa Andriamananarivo, et un ressortissant indien, Singh Khushwinde. Ils sont accusés d'avoir trafiqué les documents obtenus auprès de l'ACM par le biais de la société UDAAN qui a réalisé les démarches.
Selon la procureure générale près le PAC, Elysée Rasoahanta, certains des prévenus ont livré des aveux. Reste que onze autres personnes impliquées sont toujours recherchées. L'enquête n'a pas encore livrer tous ses secrets.
Le FBI envoyé sur place
L'enquête a pris une dimension internationale avec la venue à Madagascar début août d'un groupe d'enquêteurs du FBI américain. Cela à la demande du Premier ministre malgache. "Conscient de la gravité des faits et de ses conséquences, le Premier ministre, Christian Ntsay, qui est désormais en charge des Transports, sollicite l’aide du FBI et d’Interpol afin de démanteler ce réseau international", avait annoncé le gouvernement malgache dans un communiqué.
Face au scandale, l’ACM s'est défend dans plusieurs communiqués. Elle insiste sur le fait que ces Boeing 777 n’ont jamais atterri à Madagascar, et que si ces cinq avions ont bien obtenu une immatriculation provisoire de sa part, c'était en vue d'une maintenance au Kenya. Mais par la suite, ces certificats provisoires ont été falsifiés pour d'autres fins non déclarées.
Le ministre des Transports destitué, seul responsable politique impliqué
L’affaire a éclaboussé le gouvernement et son ministre des Transports, Valéry Ramonjavelo, a été démis de ses fonctions début août. "La vérité finira par être révélée dans sa totalité au moment opportun", a déclaré ce dernier dans un message posté sur ses réseaux sociaux.
L'ex-ministre insiste sur le fait que ni le chef du gouvernement ni le président n’étaient au courant avant que n’éclate l’affaire. Le Premier ministre assure désormais l'intérim au portefeuille des Transports et plusieurs collaborateurs de ce ministère ont été renvoyés.
À la différence des autres prévenus, le cas de Valéry Ramonjavelo relève de la Haute Cour de Justice, compétente pour des faits reprochés à des dirigeants politiques en fonction.
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