Gambie : les pêcheurs locaux déclarent la guerre aux navires commerciaux

Au large de la Gambie, des pêcheurs locaux s’insurgent contre l'empiètement illégal et le sabotage par des navires étrangers.
Sur ces vidéos obtenues en exclusivité par l’agence Associated Press, les pêcheurs gambiens affrontent l’un de ces bateaux, l'Abu Islam, qui appartient à l'Égypte, en déclarant un incendie criminel. Ce dernier a mis la vie d’un pécheur local, membre de l’équipage du navire étranger, en danger.
« Je recommanderai aux pêcheurs locaux d'avoir une limitation. Oui, que le gouvernement reconnaisse, je veux dire une zone spéciale, comme une zone où les pêcheurs devraient pêcher et qu'ils aient une limitation, mais pas pour entrer et sortir de la mer, partout où ils peuvent pêcher, ils pêchent. Si vous dites ces choses, certains diront : "Cet homme est fou". Mais c'est la seule façon d'avoir la paix, de ne pas s'écraser ensemble », a expliqué Abdou Sanyang, Association des marins de Gambie.
Pour que les locaux aient davantage leur mot à dire et soient mieux rémunérés dans le secteur de la pêche commerciale, le gouvernement gambien exige désormais que les navires étrangers opérant en mer aient un certain pourcentage d'équipage gambien.
« Nous ne pouvons pas faire cela si nous ne réglementons pas également les chalutiers de pêche industrielle. Parce qu'on ne peut pas arrêter ces petits bateaux de pêche, dont on sait qu'ils assurent leur subsistance, jour après jour, et que ce sont eux qui approvisionnent le marché en poisson. On ne peut donc pas les arrêter ou les réglementer alors qu'ils font ce qu'ils veulent »,a indiqué Omar Gaye, Gambia Artisanal Fisheries Association .
Cette situation met en lumière les problèmes qui émergent de la lutte pour la domination entre eux et les navires commerciaux. Les Gambiens se battent désormais contre des Gambiens en mer, poussés par les forces du marché qui échappent à leur contrôle.
L'AP a examiné plus de 20 vidéos montrant des confrontations entre de petits bateaux de pêche et des chalutiers industriels depuis 2023.
Les combats menacent de déchirer les communautés de pêcheurs, tandis que la surpêche destinée à approvisionner les acheteurs de fruits de mer du monde entier compromet les moyens de subsistance de tous.
On craint que la population de poissons au large des eaux gambiennes ne s'effondre dans les années à venir. Ce serait un désastre commercial et environnemental dans un petit pays dont les deux principaux moteurs économiques sont le tourisme et les produits de la mer.
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