Ebola en RD Congo : quel bilan 100 jours après le début de l’épidémie ?
Par Océane Bourdenet avec agences
L’épidémie d’Ebola qui sévit en République démocratique du Congo est devenue la plus meurtrière de l’histoire du pays, le 17 août dernier. En 100 jours, elle a fait plus de 2557 morts et progresse "de façon exponentielle", dépassant ainsi le bilan de 2299 décès enregistré lors de la précédente grande épidémie, entre 2018 et 2020.
L’épidémie d’Ebola qui sévit en République démocratique du Congo est devenue la plus meurtrière de l’histoire du pays, le 17 août dernier. En 100 jours, elle a fait plus de 2557 morts et progresse "de façon exponentielle", dépassant ainsi le bilan de 2299 décès enregistré lors de la précédente grande épidémie, entre 2018 et 2020.
Déclarée le 15 mai 2026, l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo est devenue, en 100 jours, la plus importante et la plus meurtrière de l’histoire du pays, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Elle est provoquée par le virus Bundibugyo, une souche pour laquelle il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique homologué.
Depuis le début de l’épidémie, 2557 personnes sont décédées et 5375 cas confirmés ont été recensés, selon les dernières données communiquées par les autorités congolaises, ce samedi 22 août. L’Ituri, épicentre de la flambée, concentre environ 85% des cas et 79% des décès. L’épidémie s’est désormais étendue à une sixième province, selon les autorités congolaises.
L’épidémie "progresse de façon exponentielle"
Le bilan humain s’est considérablement aggravé ces dernières semaines. La moitié des décès recensés, dans les 100 premiers jours, sont survenus au cours des 20 derniers jours, selon Julien Harneis, coordinateur principal d’Ebola pour les Nations unies. L’ONU estime ainsi que l’épidémie "progresse de façon exponentielle".
L’OMS souligne également que 60% des 260 décès hebdomadaires enregistrés au cours des six dernières semaines sont survenus en dehors des centres de traitement. Cette situation témoigne des difficultés à détecter rapidement les malades et à les orienter vers les structures de soins.
(Re)Lire Ebola en RD Congo: l'épidémie devient la plus meurtrière de l’histoire du pays
Médecins Sans Frontières (MSF) estime de son côté qu'au cours de la semaine précédant son bilan du 16 août, un décès lié à Ebola survenait environ toutes les 30 minutes. L’organisation souligne également que plus de 60% des décès ont eu lieu en dehors des centres de traitement depuis le début de l’épidémie.
Que fait le gouvernement congolais ?
Face à l’aggravation de la situation, Kinshasa tente de revoir sa stratégie. Le mardi 18 août, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a présidé une réunion consacrée à l’évaluation de la riposte et à l’adaptation du plan d’intervention. Trois priorités ont été retenues, selon l’agence congolaise de presse. L’objectif est de renforcer les mesures médicales, assurer la prise en charge salariale des équipes engagées dans la riposte et améliorer la communication auprès des communautés.
Le gouvernement a également décidé de renforcer la surveillance autour de Kinshasa. Sur le fleuve Congo, des équipes contrôlent notamment les passagers arrivant des régions touchées afin d'empêcher le virus d'atteindre la capitale, où aucun cas n'a pour l'instant été déclaré.
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L’initiative "Fleuve Congo Sans Ebola" vise ainsi à protéger cet axe majeur de circulation entre les régions du pays. Les autorités congolaises, avec l’appui de l’OMS et de leurs partenaires, renforcent parallèlement la surveillance, la recherche des contacts, les capacités de diagnostic et la prise en charge des malades.
Le ministre de la Santé, Samuel Roger Kamba, a dénoncé, à l’agence congolaise de presse, l’existence de réseaux qu’il qualifie d’"Ebola Business" et reproché à certains partenaires de gérer directement des fonds sans en rendre compte aux autorités. Kinshasa affirme vouloir désormais contrôler davantage la gestion financière et assurer directement le paiement des équipes engagées sur le terrain.
Une aide internationale encore insuffisante ?
En juin, l'agence de santé publique autonome de l'Union africain (Africa CDC) avait évalué à 1,4 milliard de dollars les besoins nécessaires pour répondre à l’épidémie et à ses conséquences humanitaires. À cette date, environ 910 millions de dollars ont été promis, mais seulement 13% ont effectivement été décaissés, selon les données rapportées par Reuters.
Depuis, plusieurs partenaires ont annoncé de nouvelles contributions. La Banque africaine de développement a notamment approuvé, en juillet, 13 millions de dollars de subventions pour renforcer la réponse à Ebola en RD Congo, au Soudan du Sud et en Ouganda. Dix millions doivent être consacrés à la RD Congo via l’OMS et trois millions via Africa CDC. L’Union européenne a, elle aussi, annoncé une enveloppe de 15 millions d’euros pour répondre aux épidémies d’Ebola en RD Congo et en Ouganda, dont cinq millions destinés à l’OMS.
Une riposte humanitaire freinée par les violences
Sur le terrain, les équipes humanitaires font face à un autre obstacle majeur : l’insécurité. Dans l’est de la RD Congo, les groupes armés, les déplacements de population et les infrastructures sanitaires insuffisantes compliquent considérablement la recherche des cas et de leurs contacts.
Le Mouvement de la Croix-Rouge a récemment alerté, ce lundi 24 août, sur une série d’incidents visant ses volontaires. En l’espace de quelques jours, 11 incidents violents ont fait neuf blessés parmi les volontaires, tandis que des ambulances ont été endommagées, dont une incendiée, et du matériel détruit.
L'ONG Médecins Sans Frontières a appelé, ce vendredi 21 août, également à une réponse davantage ancrée dans les communautés. L’organisation estime que la méfiance envers les structures de santé pousse encore de nombreux malades à rester chez eux, retardant leur prise en charge et favorisant la transmission.
Malgré ces difficultés, le prise en charge des patients a progressé sur certains fronts. En 100 jours, le nombre de laboratoires capables de réaliser les tests est passé de un à 19, tandis que la capacité d’accueil des patients est passée de moins de dix lits à plus de 1300, selon l’OMS. Plus de 900 établissements de santé ont également bénéficié d’un soutien en matière de prévention et de contrôle des infections.
Où en est la vaccination ?
C’est l’un des principaux enjeux de cette épidémie. Le vaccin Ervebo, développé par Merck, est homologué contre la souche Zaïre du virus Ebola, mais pas contre la souche Bundibugyo qui circule actuellement en RD Congo. Malgré cette incertitude, l’OMS et Africa CDC ont décidé de mettre à disposition, de la RD Congo, 70.000 doses d’Ervebo. Parmi elles, 20.000 sont destinées à un essai clinique de phase 3 visant à déterminer si le vaccin peut protéger contre le virus Bundibugyo. Les 50.000 autres doivent être proposées aux travailleurs de première ligne et aux professionnels de santé.
(Re)Lire : Epidémie d'Ebola : 70.000 doses de vaccin Ervebo mises à disposition de la RDC, selon l'OMS
Un premier lot de 16.250 doses est arrivé à Kinshasa dans la nuit du 21 au 22 août. L’objectif est donc double : protéger les personnels les plus exposés et, surtout, produire rapidement des données scientifiques sur l’efficacité potentielle d’Ervebo contre cette souche. Deux vaccins spécifiquement conçus contre Bundibugyo sont par ailleurs en cours d’essais cliniques, l’un développé par Moderna et l’autre par l’université d’Oxford. Un troisième candidat, baptisé rVSV Bundibugyo, est présenté par l’OMS comme le plus prometteur.
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