Lac et Golfe "d'Amérique", mont McKinley... La nouvelle carte du monde selon Donald Trump
Par Lorène Bienvenu
Donald Trump a signé ce jeudi 28 août un décret qui change le nom du lac Ontario, situé à la frontière américano-canadienne, en "lac d'Amérique". Motivé par une doctrine impérialiste ou par des récupérations politiques, le président des États-Unis réinvente petit-à-petit la carte du monde.
Donald Trump a signé ce jeudi 28 août un décret qui change le nom du lac Ontario, situé à la frontière américano-canadienne, en "lac d'Amérique". Motivé par une doctrine impérialiste ou par des récupérations politiques, le président des États-Unis réinvente petit-à-petit la carte du monde.
Le Golfe du Mexique renommé en "Golfe d'Amérique", le mont Denali en "mont McKinley", la réserve naturelle nationale d'Anahuac en "réserve naturelle nationale Jocelyn Nungaray"... et désormais, le lac Ontario en "lac d'Amérique". Au cours de son second mandat, le président des États-Unis, Donald Trump, se passionne pour les cartes et les réappropriations symboliques.
Actuellement engagé dans une confrontation commerciale avec le Canada, le Républicain a signé un décret ce jeudi 28 août qui, selon lui, change "immédiatement" le nom du lac Ontario, situé à la frontière américano-canadienne, en "lac d'Amérique".
Contrôler le canal de Panama et racheter le Groenland
Les autorités canadiennes ont vivement réagit au décret de Washington qui stipule que "les États-Unis sont le premier protecteur des Grands Lacs". "Les Canadiennes et les Canadiens savent aussi qu'il faut appeler les choses par leur nom, et ce lac se nomme Lac Ontario, aujourd'hui et pour toujours", a écrit Mark Carney sur son compte X.
Depuis le début de son deuxième mandat de président, Donald Trump multiplie les décisions de ce type. Le jour même de son investiture, le 20 janvier 2025, il déclare que le Golfe du Mexique, situé entre l'Amérique du nord, le Mexique et Cuba, prend le nom de "Golfe d'Amérique".
Bien que Mexico refuse catégoriquement ce nouveau nom, le changement est acté sur la plupart des outils cartographiques américains en l'espace d'un mois. Pourtant, le nom de "Golfe du Mexique" est resté inchangé pendant plus de quatre siècles.
Au cours de son deuxième mandat, Donald Trump multiplie les provocations diplomatiques et affiche sa volonté de rebattre les cartes à l'international. Il évoque une éventuelle expansion vers les pays voisins: reprendre le contrôle du canal de Panama, racheter le Groenland, annexer le Canada...
Le président républicain, qui évoque souvent l'idée que le Canada deviendrait le 51e État américain, assume un tournant impérialiste. "L'Amérique retrouvera sa place légitime: la nation la plus puissante et respectée sur Terre", déclarait-il en ouverture de son discours lors de son investiture.
Cette prise de parole s'appuie sur un décret publié par la Maison Blanche et titré "Restaurer les noms qui honorent la grandeur américaine". Il stipule que toutes les références au Golfe du Mexique doivent disparaitre des documents fédéraux sous trente jours.
Revendication historique et récupération politique
Le même jour, Donald Trump signe un décret concernant une montagne d’Alaska. En 2015, le président Barack Obama donne le nom de "Denali" au point culminant d'Amérique du Nord, précédemment appelé mont McKinley. Cette nouvelle appellation reconnait "le caractère sacré du Denali pour des générations d'autochtones d'Alaska".
"Le président Obama veut changer le nom du mont McKinley pour Denali, après plus de 100 ans. C'est une grave insulte pour l'Ohio. Je vais rétablir l'ancien nom!", écrivait alors Donald Trump sur X. Chose promise, chose due: à peine réinvesti, il renomme le mont en hommage au 25e président des États-Unis.
En mars 2025, le président signe un décret visant à rebaptiser la réserve naturelle nationale d'Anahuac, au Texas, "réserve naturelle nationale Jocelyn Nungaray". Cette décision, non pas motivée par une revendication territoriale, reste politique.
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Jocelyn Nungaray, 12 ans, a été agressée sexuellement puis tuée au Texas, en juin 2024. Donald Trump utilise l'affaire pour dénoncer l'immigration illégale, après que deux immigrés clandestins originaires du Venezuela aient été inculpés. En mars 2025, il signe un décret pour renommer la réserve naturelle en la mémoire de la jeune fille.
En donnant cette nouvelle appellation à la réserve, Washington remet en cause le patrimoine autochtone. Les détracteurs soulignent que le remplacement du nom "Anahuac", un nom historique d’origine autochtone utilisé depuis 1963, par un hommage politique et personnel rompt avec les conventions traditionnelles de dénomination des réserves naturelles nationales.
Un hommage aux officiers de l'armée confédérée
En 2025, Donald Trump restaure les noms de neuf installations de l'US Army qui avaient été renommées sous Joe Biden. Ces changements avaient été opérés car les bases honoraient des officiers de l'armée confédérée. Bien que ces noms fassent écho au passé esclavagiste des États-Unis, le président républicain estime que les retirer serait contraire à l'héritage historique américain.
Dans cette longue série de renommage, Donald Trump a aussi connu quelques échecs. En décembre 2025, le conseil d'administration du John F. Kennedy Center for the Performing Arts, centre culturel dont Trump avait pris le contrôle après avoir remplacé une partie des administrateurs, avait voté pour le nom "Trump-Kennedy Center". La Maison-Blanche avait présenté cette décision comme un changement de nom.
Des artistes ont décidé d'annuler leurs spectacles au Kennedy Center, par choix politique contre Donald Trump : la célèbre salle de Washington D.C. a été rebaptisée au nom du président des États-Unis.
Mais le Kennedy Center a été créé et nommé par une loi du Congrès. Un conseil d'administration ne peut donc pas simplement modifier son nom officiel. En 2026, le juge fédéral Christopher Cooper ordonne le retrait du nom de Trump de la façade. Le conseil, toujours très favorable à Donald Trump, a essayé en août de trouver une formulation permettant de faire apparaître de nouveau son nom, mais le juge examine encore cette tentative.
"Peut-être que nous allons changer le nom de l'Atlantique ou du Pacifique"
En 2025, d'autres monuments sont ciblés par le président des États-Unis mais les noms en restent inchangés aujourd'hui: le Kennedy Center Opera House en "Melania Trump Opera House", le Washington Dulles International Airport en "Donald J. Trump International Airport", le Washington Metro en "Trump Train".
Ces tentatives, fructueuses ou non, agacent ses opposants au sein du pays et sont souvent perçues, à l'extérieur, comme des provocations diplomatiques. Cette nouvelle offensive de Donald Trump contre le Canada marque une nouvelle étape dans sa course impérialiste. "Nous avons un golfe et nous avons un lac. Tout ce qui nous manque encore est un océan. Donc peut-être que nous allons changer le nom de l'Atlantique ou du Pacifique. Peut-être que nous changerons les deux", a commenté le président américain.
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