Haïti : les journalistes en première ligne face à la violence

En Haïti, être journaliste est devenu un métier à haut risque. Entre la menace permanente des gangs, les attaques ciblées et le manque de moyens, la presse fait face à l’une des périodes les plus sombres de son histoire.
À Port-au-Prince, près de 85 % du territoire est sous le contrôle de groupes armés. Ces gangs, de plus en plus puissants, imposent leur loi et n’hésitent pas à s’en prendre aux journalistes qu’ils considèrent comme des ennemis. Les médias indépendants sont particulièrement visés : les reporters sont traqués, menacés et parfois assassinés.
Ces derniers mois, plusieurs stations de radio et de télévision ont été attaquées. En mars, des hommes lourdement armés ont pris d’assaut des locaux de presse, pillant et détruisant du matériel essentiel à la production d’informations. Face à ces violences, certains journalistes, comme Jean-Jacques Asperges, n’ont plus que leur téléphone portable pour continuer à travailler.
« J'enregistre maintenant les fuites de pluie et je les partage sur les médias sociaux pour montrer ce que nous vivons. C'est ma façon de contribuer. J'enregistre sur mon téléphone car j'ai perdu tout mon matériel. » – témoigne Jean-Jacques Asperges, journaliste radio contraint à l’exil à l’intérieur de son propre pays.
Des médias en exil
L’insécurité généralisée pousse certains médias à abandonner leurs bureaux. Le Nouvelliste, plus ancien journal indépendant du pays, a dû fuir le centre-ville de Port-au-Prince, devenu une zone de guerre.
« Nous avons dû quitter le centre-ville parce que les balles volaient tout le temps autour de nous. C'était le premier problème. » – explique Max Chauvet, directeur du Nouvelliste.
Cette situation rend le travail des journalistes presque impossible. Couvrir l’actualité devient un exercice périlleux, où chaque déplacement doit être minutieusement planifié pour éviter les zones les plus dangereuses.
Informer sous haute tension
Face à cette montée de la violence, le Online Media Collective, un regroupement de médias haïtiens, a conseillé aux journalistes de ne plus se rendre dans les zones contrôlées par les gangs.
« Nous avons envoyé une note disant qu'aucun journaliste ne devrait aller dans des zones où il y a des activités de gangs qui terrorisent la population. » – affirme Obest Dimanche, porte-parole du collectif.
Mais sur le terrain, cette consigne est difficile à respecter. Les reporters continuent de se déplacer en moto, souvent en groupe, afin de minimiser les risques. Chaque jour, ils prennent des nouvelles les uns des autres pour s’assurer que chacun est rentré sain et sauf.
Un combat pour la liberté d’informer
La presse haïtienne ne se bat pas seulement contre la violence des gangs, mais aussi contre une censure de plus en plus présente. Attaques, intimidations et menaces tentent de réduire les journalistes au silence.
« Les gens ont le droit de parler et de nous faire part de leurs plaintes. C'était une autre tentative de faire taire la presse et la population qui réclame la justice sociale. » – dénonce Richecarde Célestin, journaliste à la Télévision Caraïbes.
Malgré le danger, de nombreux journalistes refusent d’abandonner. Certains prennent le chemin de l’exil, d’autres poursuivent leur mission coûte que coûte. Haïti reste aujourd’hui l’un des pays les plus meurtriers pour la presse, où informer est devenu un acte de courage. Entre 2000 et 2022, 21 journalistes ont été tués.
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