Afrique du Sud : le gel de l'USAID fragilise la lutte contre la toxicomanie

À Pretoria, la capitale administrative de l'Afrique du Sud, la situation des toxicomanes devient de plus en plus préoccupante.
Un centre de réduction des risques offre aux utilisateurs de drogues une alternative : l’échange de seringues. Mais ces efforts sont désormais menacés par une réduction des financements internationaux, après des coupures majeures dans les programmes soutenus par les États-Unis.
Dans un quartier isolé de Pretoria, plusieurs dizaines de toxicomanes s'injectent de l'héroïne, dans des conditions sanitaires précaires. Beaucoup partagent les mêmes aiguilles, augmentant les risques de transmission de maladies comme le VIH. La situation est d'autant plus dramatique en Afrique du Sud, où le taux de prévalence du VIH atteint 38% à Pretoria, bien au-dessus de la moyenne nationale de 12%.
Le programme de réduction des risques mené par la municipalité de Pretoria, en partenariat avec l’université locale, est l’un des rares à offrir des solutions pratiques. Il permet aux toxicomanes d’échanger leurs seringues usagées contre des neuves, stériles. Mais ce programme, bien qu’efficace, est fragilisé par la fin de nombreux financements extérieurs, notamment à la suite des coupes dans les programmes de l'Agence Américaine pour le Développement International (USAID), décidées par l'administration Trump.
Phumulani Mahlangu, un toxicomane en rétablissement, revient sur son expérience difficile avec la drogue et les conséquences personnelles qu'elle a eues : "Je n'ai pas d'excuse pour dire que j'ai lutté dans la vie, la colère ou le stress. Je ne veux pas mentir. J'ai été trop gâtée en grandissant. J'ai volé de l'argent sur le compte bancaire de ma compagne, mais elle savait que j'étais toxicomane."
Les difficultés sont encore accrues par l'absence de solutions de traitement adaptées. Selon Likwa Ncube, responsable du programme d'échange de seringues, cette stratégie est cruciale pour réduire les risques, même si elle peut être mal perçue : "On peut considérer que l'on permet à quelqu'un de consommer, mais c'est le même argument que l'on peut avoir avec les préservatifs. Lorsque nous distribuons des préservatifs, sommes-nous en train de dire que nous encourageons les gens à avoir des relations sexuelles ? Non. Nous constatons le risque d'avoir des rapports sexuels non protégés et nous trouvons donc un moyen de réduire les dommages."
Face à la montée de la toxicomanie et aux défis liés à l'absence de traitements efficaces, Molebatsi Maila, une clinicienne associée, souligne les difficultés rencontrées par les patients : "Nous voyons des clients qui sont vraiment fatigués. Ils veulent vraiment arrêter, mais ils ne savent pas comment. Souvent, ils ont déjà essayé d’arrêter seuls ou en cure de désintoxication, mais ils ont rechuté en cours de route."
L'Afrique du Sud fait face à une crise sanitaire complexe, avec des millions de personnes touchées par la toxicomanie et la propagation du VIH.
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