Soudan: la ville assiégée d'El-Facher subit sa pire attaque des paramilitaires

Par AFP © 2025 AFP

La ville assiégée d'El-Facher, dans l'ouest du Soudan, essuie la pire offensive à ce jour des forces paramilitaires, décidés à s'en emparer en pilonnant une population affamée.
Les Forces de soutien rapide (FSR), milice en guerre contre l'armée régulière soudanaise depuis avril 2023, ciblent ainsi la seule ville majeure de la région occidentale du Darfour qui leur échappe encore, ainsi que le camp de déplacés d'Abou-Chouk à proximité.
Des témoins, groupes de volontaires et travailleurs humanitaires ont décrit ces dernières semaines une intensification de l'assaut, avec des tirs d'artillerie incessants, des frappes de drones et des attaques au sol.
L'ONU affirme que cette capitale de l'État du Darfour-Nord, où vivent 300.000 personnes, est devenue "l'épicentre de la souffrance des enfants".
Les maladies s'y propagent, l'eau potable a disparu et les médicaments sont indisponibles pour les blessés par balles, précise à l'AFP Mohamed Khamis Douda, un humanitaire ayant fui en avril le camp de déplacés de Zamzam pour El-Facher.
Assiégée par les FSR depuis mai 2024 et menacée de famine, El-Facher est aujourd'hui coupée du monde, sans aide humanitaire, sans commerces et presque sans aucune porte de sortie.
Nourriture pour animaux -
S'il est quasiment impossible d'y filmer la vie quotidienne, de rares images obtenues par l'AFP montrent des enfants accroupis autour d'une marmite dans une cuisine communautaire enfumée, le visage émacié.
À proximité, des femmes remuent avec de longues cuillères en bois une masse de pâte brune tandis que des familles attendent, silencieuses, les yeux creusés par la faim.

La plupart des habitants dépendent de telles cantines, des bouées de sauvetage qui disparaissent à mesure que les réserves s'épuisent.
Pour survivre, des familles remplacent le millet ou sorgho, qui leur sert d'aliments de base, par de l'ombaz, de la nourriture pour animaux qui n'est pas destinée à la consommation humaine.
Cette semaine, cinq membres d'une même famille - une mère, ses trois enfants et leurs deux grands-mères - sont décédées après en avoir mangé pendant des semaines, a rapporté un groupe de volontaires.
- Crainte d'un nouvel exode
Depuis qu'elle a perdu le contrôle de la capitale Khartoum au profit de l'armée en mars, les FSR se sont déplacées vers l'ouest pour renforcer leur emprise sur le Darfour.
Le quartier général de la police de la ville d'El-Facher est tombé. Les combattants progressent désormais vers un complexe militaire abritant les familles des officiers de l'armée.
En seulement dix jours en août, l'ONU a fait état d'au moins 89 morts à El-Facher et Abou Chouk, dans un contexte de craintes de violences ethniques.
La chute de Zamzam en avril avait provoqué un déplacement massif de population vers El-Facher et plus à l'ouest vers des villes comme Tawila.
Désormais les bombardements incessants sur le camp d'Abou Chouk font craindre un nouvel exode massif, si tant est que les civils puissent encore s'échapper.
Selon Adam Essa, un responsable local joint par l'AFP, entre cinq et sept enfants meurent chaque jour à Abou Chouk.
Une famine a été déclarée l'année dernière dans trois camps de déplacés autour d'El-Facher, dont Abou Chouk.
L'ONU estime que près de 40% des enfants de moins de cinq ans à El-Facher souffrent de malnutrition aiguë ou sévère.
- La route de la mort -
La seule voie de sortie d'El-Facher, une route accidentée de 70 kilomètres vers l'ouest, est devenue un cimetière jonché de dizaines de corps non enterrés.
Selon des témoins locaux, beaucoup sont morts de faim, de soif ou de violences.
Un correspondant de l'AFP à Tawila décrit des réfugiés arrivant traumatisés et épuisés, beaucoup présentant des blessures par balle subies en chemin.
Saleh Essa, fonctionnaire âgé de 42 ans, a marché trois jours jusqu'à Tawila avec sa femme après avoir "installé sa mère diabétique et ses enfants sur une charrette tirée par un âne".

Voyageant de nuit pour éviter les postes de contrôle, ils se reposaient sous les arbres pendant la journée jusqu'à ce qu'ils atteignent enfin un endroit relativement sûr. "Ici, nous sommes en sécurité, mais l'eau et la nourriture sont rares".
Dans le quartier d'al-Tamabasi à El-Facher, Ibrahim Essa, 47 ans, a tenté de fuir avec sa famille en mai, mais a été contraint de faire demi-tour.
Aujourd'hui, le seul refuge de sa famille est un bunker de fortune creusé dans la terre derrière leur maison.
"S'il y a des bombardements, nous nous y réfugions tous", confie-t-il à l'AFP.
Pour beaucoup, fuir est impossible.
"Nous n'avons pas d'argent", explique Halima Hashim, 37 ans, enseignante et mère de quatre enfants. "Partir est dangereux", ajoute-t-elle, rester revient à mourir à petit feu.
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