A Roland-Garros devant le Medef, match d'exhibition entre chefs de partis

Par AFP Par Gabriel BOUROVITCH © 2025 AFP

François Bayrou en sursis à Matignon, il y avait comme un avant-goût de campagne électorale jeudi après-midi à Roland-Garros, où six des principaux chefs de partis politiques se sont affrontés lors du débat de clôture de la rentrée du Medef. Sans retenir leurs coups.
Service Bardella. Privilège du premier en nombre de voix et de députés, le président du Rassemblement national ouvre le jeu. Et dénonce à nouveau le "chantage" du Premier ministre, qui a convoqué un vote de confiance à l'Assemblée le 8 septembre. Anticipant sa chute, le leader du RN réclame "le retour aux urnes", cette fois-ci sans les "accords contre-nature" entre gauche et centre qui l'ont privé de victoire l'an dernier.
Aussitôt Gabriel Attal renvoie la balle: les patrons "demandent des solutions, et vous dites dissolution". Le numéro un de Renaissance veut lui "que notre pays, le 31 décembre, ait un budget pour l'année prochaine". Ce n'est donc "pas vrai que ça faciliterait les choses de faire chuter le gouvernement ou de retourner aux élections".
Effectivement, "si c'est pour ne pas suivre le résultat des élections, c'est quand même compliqué", le reprend de volée Marine Tondelier, qui plaide encore pour un Premier ministre de gauche. La cheffe des Écologistes prend même les patrons à témoin: "Je suis venue vous tendre la main (...) La dissolution, ce n'est pas bon pour vos entreprises".
Pas impressionné, Manuel Bompard fustige "la politique de l'offre (qui) nous amène dans le mur" et revendique de faire tomber le gouvernement dans onze jours. "Pour empêcher le chaos, il faut empêcher Monsieur Bayrou de présenter son budget", affirme le coordinateur de la France insoumise, ravi de déplaire à l'assistance.
Echanges nourris
Au contraire, les tribunes acclament Bruno Retailleau quand il plaide la "rupture" avec un "système social-étatiste" et estime qu'il "faudra impérativement sortir des boniments que nous a racontés la gauche depuis des années". Dans son élan, il pose sur la table une proposition de "seuil zéro charges", en réalité une exonération de cotisations sur les heures supplémentaires. Succès garanti.
"Vous coupez dans quelles dépenses de la Sécurité sociale?", objecte M. Bompard. Le président des Républicains ne répond pas, et poursuit en appelant de ses vœux l'application du "fameux décret Attal sur l'assurance chômage", censé "inciter" les demandeurs d'emploi à reprendre le travail en réduisant leurs droits à une allocation.
Sourire en coin de l'ex-Premier ministre, qui réserve ses attaques à M. Bardella: "Quand on a supprimé l'ISF, vous étiez contre. En économie, c'est comme en amour, il y a des déclarations mais il faut des preuves."

Son rival d'extrême droite lui renvoie son bilan, et ironise: "Dommage que vous n'ayez pas été ministre pendant sept ans, franchement c'est regrettable". Il va même jusqu'à s'étonner de voir la salle "applaudir des gens qui ont fait 1.200 milliards d'euros de dette en dix ans".
M. Retailleau en profite pour se démarquer: "J'ai été dans l'opposition, donc je ne me sens pas du tout comptable de la dette ou des déficits précédents."
Vient le temps de conclure. Derniers échanges, Mme Tondelier alerte sur la "bascule fasciste" qui menace la France, et cible clairement le "populisme" du RN. M. Bardella ne prend même pas la peine de relever, répète "qu'on ne fera pas la France de demain avec ceux qui ont échoué hier".
Pris au jeu, M. Attal propose déjà un match retour: "Revoyons nous dans ce format dans les jours qui viennent". Les joueurs sont prêts.
Today