France: l'impossible inhumation de Protais Zigiranyirazo, alias "Monsieur Z", figure du génocide des Tutsi au Rwanda
Par TV5MONDE avec AFP
Par Lola Collombat avec AFP
Par Philippe Randrianarimanana avec AFP
L'enterrement de Protais Zigiranyirazo, surnommé "Monsieur Z" et considéré comme l'une des figures du génocide des Tutsi au Rwanda, n'aura pas lieu dans un cimetière d'Orléans, comme le souhaitait ses proches. La municipalité refuse et la justice confirme cette interdiction motivée par "le risque grave de troubles à l'ordre public"
L'enterrement de Protais Zigiranyirazo, surnommé "Monsieur Z" et considéré comme l'une des figures du génocide des Tutsi au Rwanda, n'aura pas lieu dans un cimetière d'Orléans, comme le souhaitait ses proches. La municipalité refuse et la justice confirme cette interdiction motivée par "le risque grave de troubles à l'ordre public"
Faut-il autoriser l'inhumation à Orléans, en France, de Protais Zigiranyirazo, surnommé Monsieur Z, connu pour être une figure du génocide des Tutsi au Rwanda ? Mardi 26 août, le maire d'Orléans a dit non et la justice administrative confirme cette interdiction deux jours après, date à laquelle la famille du défunt prévoyait de l'enterrer au grand cimetière d'Orléans après une messe en l'église Saint-Paterne.
"La décision du tribunal est fondée sur la justification des risques de troubles à l'ordre public et de moyens insuffisants pour assurer le respect de l'ordre public", a indiqué jeudi 28 août dans un communiqué joint à sa décision le tribunal administratif d'Orléans, saisi en référé par les proches du défunt.
"Risque grave de troubles à l'ordre public" et "lieu de pélerinage"
Mardi, un arrêté avait été pris par la municipalité d'Orléans pour interdire l'inhumation de M. Zigiranyirazo, prévue le 28 août, une décision motivée notamment par un "risque grave de troubles à l'ordre public".
"Nous avons à faire à une situation exceptionnelle" et un risque avéré de "troubles", a jugé le maire d'Orléans Serge Grouard (DVD), arguant qu'aucun document ne permettait de retracer l'arrivée en France du corps du défunt, décédé le 3 août à Niamey (Niger) à l'âge de 87 ans.
Mais quand les proches de Protais Zigiranyirazo partagent son faire-part de décès sur les réseaux sociaux, les associations de défense des victimes du génocide s'en offusquent.
"Pour nous ça a été l'étonnement le plus grand, Zigiranyirazo était interdit de séjour en France malgré qu'il ait plusieurs de ses proches à Orléans", déclare Alain Gauthier, le président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda, interrogé par TV5MONDE. "Le danger quand on fait une telle publicité c'est que les lieux de sépulture deviennent des lieux de pèlerinage pour tous ceux qui ont participé au génocide des tutsis, donc comment voulez-vous qu'on supporte cette idée là ? Et la mairie d'Orléans, à juste titre, ne pouvait pas l'accepter."
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De fait, le maire a pris sa décision après s'être entretenu avec les associations.
Pour sa part, le tribunal a relevé "qu'il est démontré que les obsèques devaient rassembler plusieurs centaines de personnes" et "un contexte de tensions exacerbées avec les associations de mémoire des victimes du génocide, lesquelles ont soulevé le risque que la tombe ne devienne un lieu de pèlerinage".
"Il va quand même falloir à un moment donné l'inhumer"
Interrogé par TV5MONDE, l'avocat de la famille du défunt, Me Philippe Meilhac, dénonce "le contexte, le climat, les tensions, les passions et les pressions" d'associations défendant la mémoire des victimes et des rescapés qui "ont des liens très proches avec le Rwanda et qui relaient parfois les positions de Kigali".
Me Philippe Meilhac, s'est dit "surpris au plus haut point" par la décision du tribunal, contestant le risque de troubles à l'ordre public et soulignant que ses clients étaient "absolument catastrophés".
"Il y a aujourd'hui un corps qui se trouve en France dans une entreprise de pompes funèbres de la région d'Orléans. On ne peut pas garder ce corps indéfiniment de la sorte et il va quand même falloir à un moment donné l'inhumer", a déclaré à l'AFP Me Meilhac, indiquant qu'il comptait déposer un pourvoi auprès du Conseil d'Etat et éventuellement une nouvelle procédure auprès de ce même tribunal administratif d'Orléans.
"C'est quand même une atteinte extrêmement grave aux droits fondamentaux en matière de sépulture, de funérailles et plus largement de respect de la vie privée", a également fustigé Me Meilhac.
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Protais Zigiranyirazo avait été condamné à 20 ans de prison pour génocide en première instance par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) mais avait été acquitté en appel en 2009.
Les juges de la chambre d'appel avaient à l'époque conclu que leurs collègues de première instance s'étaient "gravement fourvoyés dans le traitement des preuves" et qu'il n'y avait pas d'autre choix que l'acquittement.
Qui était réellement Protais Zigiranyirazo ?
Frère aîné de la veuve du président rwandais Juvénal Habyarimana dont le meurtre, le 6 avril 1994, avait été immédiatement suivi par le début du génocide, "Monsieur Z" reste considéré par beaucoup comme l'un des cerveaux du cercle présidentiel hutu soupçonné d'avoir planifié le génocide.
A la tête de la Commission sur le rôle de la France au Rwanda, l'historien Vincent Duclert fait autorité sur l'histoire du génocide des Tusti au Rwanda de 1994. Interrogé par TV5MONDE, il rappelle qui était Protais Zigiranyirazo, à savoir "l'un des cerveaux de l'état-major secret qui organise et planifie l'extermination des Tutsis. C'est ce qu'on appelle le réseau zéro et on pense que le surnom "monsieur Z" provient du réseau zéro ou que c'est son surnom qui a donné le nom de "réseau zéro".
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Comment expliquer l'acquittement en appel de Protais Zigiranyirazo ? L'historien souligne que "le TIPR lorsqu'il a été créé ne pouvait instruire que des procédures portant sur des faits allant du 1er janvier au 31 décembre 1994. Donc ça veut dire que la phase où Protais est le plus actif, ou en tout cas où les preuves de son activité au service de l'extrémisme anti-Tutsi sont les plus importantes, théoriquement ne peuvent pas être prises en compte".
D'avril à juillet 1994, le génocide au Rwanda a fait selon l'ONU 800.000 morts, membres de la minorité tutsi ou Hutu modérés, tués par les Forces armées rwandaises et les milices extrémistes hutu Interahamwe.
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