Droits de douane : Emmanuel Macron dénonce "une décision brutale et infondée" de Donald Trump

Le président français Emmanuel Macron s'est insurgé contre la décision de Donald Trump d'imposer d'importants droits de douane à pratiquement tous les pays, qualifiant cette décision de "brutale et infondée" et demandant un arrêt temporaire des investissements européens en Amérique.
Lors d'une rencontre avec les représentants des principaux secteurs économiques français, jeudi, le président français a déclaré que cette pause devrait durer "jusqu'à ce que nous ayons clarifié les choses avec les États-Unis".
"Quel serait le message d'avoir des grands acteurs européens qui se mettent à investir des milliards d'euros dans l'économie américaine au moment où ils sont en train de nous taper ?" demande Emmanuel Macron. "Nous devons faire preuve de solidarité collective".
Lors de son discours, le président français n'a pas hésité à dénoncer l'initiative sans précédent de Donald Trump, qui a décidé de frapper l'Union européenne d'un taux de 20 % sur les exportations aux États-Unis à partir du 9 avril, qui s'ajoutera aux droits de douane de 25 % sur les exportations d'acier, d'aluminium et de voitures.
S'alignant sur la position de nombreux économistes, Emmanuel Macron a contesté l'idée de Donald Trump selon laquelle des droits de douane élevés aideront les États-Unis à réduire leurs déficits avec leurs partenaires commerciaux, y compris avec l'Union européenne.
En particulier, la formule utilisée par la Maison Blanche pour calculer ses nouveaux droits de douane soi-disant "réciproques" a été largement critiquée.
Apporter une réponse européenne "unifiée, forte et résolue"
En 2023, l'UE a enregistré un excédent de 156,6 milliards d'euros pour les marchandises avec les États-Unis, mais un déficit de 108,6 milliards d'euros pour les services.
"La décision qui a été annoncée cette nuit est brutale et infondée. Elle est infondée parce qu'on ne corrige pas des déséquilibres commerciaux en mettant des tarifs", affirme-t-il. "Les bases de la théorie économique montrent le contraire, surtout quand les déséquilibres ne prennent pas en compte les services numériques [...], ou d'autres".
Emmanuel Macron prédit que les droits de douane "ne seront pas soutenables" pour l'économie américaine et rendront les entreprises et les citoyens américains "plus faibles" et "plus pauvres".
Il a toutefois évoqué des conséquences "massives" pour l'Europe, qui se répercuteraient dans "tous les secteurs" de l'économie.
Face à ce défi "sans précédent", l'Union européenne doit tirer parti de son marché unique de 450 millions de consommateurs et apporter une réponse "unifiée, forte et résolue", exhorte Emmanuel Macron.
Ne "rien exclure à court terme"
La Commission européenne souhaite donner la priorité aux négociations mais se dit prête à prendre des mesures de rétorsion face aux droits de douane américains.
Parmi ces mesures potentielles figure le règlement européen anti-coercition. Cet instrument - qui n'a jamais été utilisé depuis son entrée en vigueur en 2023 - peut imposer des droits de douane, restreindre le commerce des services et limiter l'accès aux investissements directs étrangers et aux marchés publics.
Durant son discours, Emmanuel Macron a également évoqué la possibilité de prendre des mesures de rétorsion à l'encontre des services numériques américains, ainsi que des "mécanismes de financement de l'économie américaine", sans donner plus de détails.
"Il ne faut rien exclure à court terme", affirme-t-il. "Il faut faire ce qui est le plus efficace, le plus proportionné, mais qui marque très clairement que nous sommes décidés à ne pas laisser faire, à ne pas avoir des filières qui sont victimes de ces tarifs, et donc à nous défendre et à nous protéger".
Bouleversement du paysage commercial mondial
Lors de son intervention, Emmanuel Macron a par ailleurs évoqué l'onde de choc que les nouveaux droits de douane sont susceptibles de déclencher dans les pays asiatiques, qui ont été frappés par des taux plus élevés que l'Europe : 24 % pour la Malaisie, 26 % pour l'Inde, 32 % pour l'Indonésie, 36 % pour la Thaïlande, 46 % pour le Vietnam, 48 % pour le Laos et 49 % pour le Cambodge.
La Chine sera quant à elle frappée de taxes de 34 %, qui viendront s'ajouter au taux de 20 % déjà annoncé, pour un total impressionnant de 54 %.
Les niveaux sont si élevés que Bruxelles craint que les pays asiatiques, qui dépendent énormément des exportations, n'envoient leurs produits en masse vers l'Europe comme marché alternatif.
La Chine est une source d'inquiétude particulière pour l'UE, car elle fait déjà l'objet d'un examen approfondi pour avoir inondé les pays occidentaux de produits à bas prix et fortement subventionnés. La Commission a déclaré qu'elle mettrait en place une surveillance étroite afin de détecter tout changement soudain dans le commerce.
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