Les Émirats arabes unis suspendent tout commerce et toute relation financière avec l'Iran
Les Émirats arabes unis ont annoncé suspendre, jusqu'à nouvel ordre, les relations commerciales, les échanges commerciaux et les transactions financières avec l'Iran, a annoncé mardi 18 août la diplomatie émiratie, sur les réseaux sociaux.
"Au vu des escalades régionales qui compromettent la paix et la sécurité régionales et internationales, tous les échanges commerciaux et les transactions financières avec l'Iran ont été suspendus", a déclaré Afra Al Hameli, directrice du département de la communication stratégique au ministère des Affaires étrangères.
Afra Al Hameli a affirmé que les Émirats restaient fermement attachés à la protection de l'intégrité du système financier international, conformément au droit international et aux normes mondiales les plus strictes.
Elle a également rejeté les allégations concernant l'état de la relation économique entre les deux pays et réaffirmé l'engagement des Émirats en faveur du dialogue, de la coopération et de l'intégration régionale.
Plus tôt mardi, Abou Dabi avait indiqué que l'Iran avait tiré deux missiles balistiques en direction de leur territoire, avant de préciser ensuite que les frappes visaient la navigation commerciale. "Le premier est tombé hors des eaux territoriales, tandis que le second est tombé dans les eaux territoriales", a précisé le ministère de la Défense émirati, sur X.
Des alertes à l'échelle nationale avaient été déclenchées, contraignant les habitants à se mettre à l'abri. Une première depuis plusieurs semaines dans ce pays.
Le ministère émirati des Affaires étrangères avait affirmé rester attaché au "dialogue, à la coopération et à l'intégration régionale".
Téhéran a nié avoir visé les Émirats. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, a "catégoriquement rejeté l'affirmation des Émirats arabes unis selon laquelle l'Iran aurait tiré un missile en direction de ce pays".
Sanctions similaires
Les Émirats arabes unis, qui abritent une importante communauté iranienne, constituent un partenaire commercial majeur de l'Iran. Cette décision va ainsi davantage isoler la République islamique, déjà fragilisée par les sanctions américaines et un blocus.
Avant la guerre, les Émirats arabes unis comptaient parmi les principaux partenaires commerciaux de l’Iran. Ils représentaient plus de 30 % de ses importations, pour une valeur d’environ 21 milliards de dollars, selon les dernières données de l’Organisation mondiale du commerce datant de 2024. Les Émirats étaient également la destination de près de 13 % des exportations iraniennes, pour une valeur d’environ 7 milliards de dollars.
L'annonce de mardi est la dernière des mesures prises par Abou Dabi contre Téhéran, après le rappel de l'ambassadeur au début du conflit et la fermeture d'écoles et d'un hôpital liés à l'Iran.
La suspension concerne les échanges directs. Les autorités émiraties n'ont pas précisé pas si elle s'étend aux flux financiers transitant par des pays tiers.
En juin 2025, le Financial Crimes Enforcement Network du Trésor américain avait averti les banques que des réseaux iraniens créaient des sociétés-écrans dans des pays tiers, en exploitant souvent des zones franches offrant des conditions favorables à la création d'entreprises. Selon lui, des acteurs iraniens utilisent couramment des sociétés de négoce général enregistrées dans des zones franches commerciales aux Émirats et des sociétés hongkongaises disposant de comptes non-résidents en Chine, leurs contreparties commerciales se trouvant principalement à Singapour et à Hong Kong.
Ce n'est pas la première fois que les Émirats arabes unis prennent une sanction de ce type à l'encontre de l'Iran. Au début du conflit, le pays avait régulièrement subi d’intenses tirs en provenance de l’Iran, et l’essentiel des échanges commerciaux entre les deux pays s’était arrêté. Fin juin, alors que les hostilités s’apaisaient, une partie du commerce maritime avait repris, selon l’agence de presse officielle iranienne IRNA.
Au-delà du commerce de biens produits localement, "les Émirats arabes unis ont joué un rôle très important pour l’Iran en tant que plateforme de réexportation et ont aidé le pays à absorber une partie des chocs provoqués par les sanctions", a expliqué Mohammad Farzanegan, professeur d’économie du Moyen-Orient à l’université de Marbourg, en Allemagne. "L’Iran dépend donc fortement des Émirats, non pas parce que ces derniers produisent eux-mêmes un tiers des importations iraniennes, mais parce qu’ils constituent une importante porte d’entrée permettant à l’Iran d’accéder aux biens de pays tiers et aux infrastructures commerciales."
L’embargo comporte toutefois des risques pour les Émirats eux-mêmes, estime Mohammad Farzanegan. "En tant que pays relativement petit qui cherche à rester une plateforme régionale pour les affaires et la finance tout en attirant touristes et investisseurs, les Émirats dépendent fortement de la stabilité régionale", explique-t-il. "Tout conflit majeur avec l’Iran peut donc causer des dommages considérables à leur économie."
Menaces iraniennes
Quelques heures après l'annonce, le chef d'état-major des forces armées iraniennes, Ali Abdollahi, a mis en garde les pays du Golfe contre toute aide apportée aux États-Unis, déclarant que "toute assistance ou facilitation fournie à l'armée américaine, puissance agresseur, équivaut à une participation à l'opération militaire américaine", selon l'agence Mehr.
Le Golfe abrite une présence militaire américaine régulière, parfois permanente, y compris aux Émirats.
Depuis le début de la guerre, de nombreux pays du Moyen-Orient affirment qu'ils ne laisseront pas les États-Unis utiliser leur territoire comme base de départ, mais Ali Abdollahi a mis en doute ces assurances.
Il lui paraît "peu probable qu'un nombre aussi important d'avions militaires, en particulier des avions-ravitailleurs, puissent être présents sur des bases régionales sans que les pays hôtes en soient informés", a-t-il déclaré, ajoutant que les pays du Golfe "doivent savoir que nous sommes pleinement conscients de la situation".
Selon des informations de presse, l'Arabie saoudite, les Émirats, le Koweït et Bahreïn auraient tous frappé des cibles à l'intérieur de l'Iran en représailles à des attaques dans le Golfe. Ces pays ont pour l'essentiel démenti.
Ormuz, le nerf de la guerre
Dans le cadre des efforts de l’Iran pour maintenir son emprise sur le détroit d’Ormuz, le pays a régulièrement attaqué des navires tentant d’emprunter cette voie maritime, dont quatre pétroliers appartenant à ADNOC, la compagnie pétrolière et gazière publique d’Abou Dhabi, au cours des deux dernières semaines.
Aucune de ces attaques n’a fait de blessés, mais elles ont suscité de vives condamnations de la part des Émirats et d’autres pays de la région, notamment le Koweït et Bahreïn.
Depuis le début du conflit, près de vingt navires d’ADNOC ont été attaqués par des missiles et des drones dans le détroit d’Ormuz, faisant un mort et une vingtaine de blessés.
Dans ses deux communiqués, Abou Dabi a qualifié ces attaques de "violation flagrante" de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU sur la liberté de navigation et estimé que "le fait de cibler la navigation commerciale et d'utiliser le détroit d'Ormuz comme outil de coercition ou de chantage économique représente des actes de piraterie de la part des Gardiens de la révolution iraniens".
Le ministère a demandé à Téhéran de mettre fin à ces attaques, de s'engager à un cessez-le-feu immédiat et de rouvrir le détroit totalement et sans condition.
L'Iran a instauré un blocus du détroit d'Ormuz, que doivent emprunter les navires quittant la plupart des ports émiratis, et un accord-cadre entre Washington et Téhéran pour rouvrir ce corridor a capoté. La capacité de l’Iran à contrôler le trafic dans le détroit, par lequel transitait en temps de paix un cinquième du pétrole et du gaz naturel échangés dans le monde, s’est révélée être son principal avantage stratégique dans cette guerre.
Ormuz, détroit stratégique
Le président américain Donald Trump a affirmé mardi que le détroit était "ouvert et opérationnel" et a publié une carte le présentant comme un territoire américain. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, l’a qualifié d’"homme délirant".
Dix navires ont transité par le détroit mardi, selon le site MarineTraffic, soit moins d’un dixième du nombre de navires qui l’empruntaient habituellement avant le début de la guerre, lorsqu’aucune restriction n’était en vigueur.
Le volume de brut transitant par le détroit d'Ormuz s'est établi en moyenne à 4,9 millions de barils par jour au deuxième trimestre de cette année, contre 21,6 millions de barils par jour au dernier trimestre 2025.
L'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) prévoit que ces flux resteront fortement contraints jusqu'à la fin août et ne se redresseront que progressivement à partir de septembre. Elle évalue les pertes de production au Moyen-Orient à une moyenne de 5,5 millions de barils par jour en juillet et n'anticipe pas un retour des niveaux de production et des flux commerciaux à leur configuration d'avant-conflit avant le début de 2027.
Elle table sur un Brent à 85 dollars le baril au troisième trimestre, soit 11 dollars de plus que sa précédente prévision.
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