“Bouclier d'Achille”: la Grèce choisit la défense antimissile israélienne avec un contrat d’armement de 3 milliards d’euros
Par Nadia Bouchenni avec agences
Israël et la Grèce ont signé lundi 31 septembre, à Tel-Aviv l'un des plus importants contrats d'armement de l'histoire israélienne : environ 3 milliards d'euros pour un nouveau bouclier antiaérien grec, baptisé "Bouclier d'Achille" contre drones, avions et missiles.
Israël et la Grèce ont signé lundi 31 septembre, à Tel-Aviv l'un des plus importants contrats d'armement de l'histoire israélienne : environ 3 milliards d'euros pour un nouveau bouclier antiaérien grec, baptisé "Bouclier d'Achille" contre drones, avions et missiles.
“L'accord de défense signé aujourd'hui avec la Grèce, l'un des plus importants de l'histoire du pays, s'inscrit dans le prolongement de notre alliance en Méditerranée orientale conclue il y a dix ans avec la Grèce et Chypre”, a déclaré le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, selon un communiqué de son bureau. “Ce contrat témoigne de la puissance d'Israël, de la confiance accordée à nos exportations de défense et du renforcement de nos alliances régionales”, a-t-il ajouté.
Avec cet accord, la Grèce devient le premier État membre de l'Union européenne à adopter un système de défense aérienne multicouche reposant sur plusieurs dispositifs interconnectés. “Nous sommes entrés dans une ère de changements radicaux. Les conflits modernes ont modifié les paramètres de la défense militaire et de la dissuasion”, a commenté le ministre grec de la Défense, Nikos Dendias.
Selon le ministère israélien de la Défense, le contrat d'exportation comprend les systèmes David's Sling, appelé “Fronde de David” par les autorités israéliennes, Barak MX et SPYDER, des radars de surveillance aérienne, ainsi qu'un nouveau système national de commandement et de contrôle. Tous ces équipements sont fabriqués par les groupes de défense Rafael et Israel Aerospace Industries (IAI), ainsi que par sa filiale Elta Systems. Israël a par ailleurs signé un contrat distinct de 26 millions d'euros pour fournir à la Grèce des systèmes anti-drones Drone Dome, produits par Rafael.
Des intérêts stratégiques communs
“Israël et la Grèce partagent des intérêts stratégiques communs et sont confrontés aux mêmes défis régionaux”, a déclaré de son côté le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. “À une époque où des acteurs aux ambitions hégémoniques cherchent à étendre leur influence et à saper la stabilité dans la région, Israël et la Grèce continueront de renforcer leur coopération en matière de défense et de stratégie”, a-t-il ajouté, en faisant peut-être allusion à la Turquie.
Israël entretient des relations dégradées avec la Turquie du président Recep Tayyip Erdogan, qui a dénoncé l'offensive menée par Israël à Gaza en réponse à l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Mi-août, l'armée israélienne a frappé une base dans le nord-ouest de la Syrie, accusant Ankara d'y préparer un déploiement militaire.
Une partie de l'opinion publique grecque se montre elle aussi critique envers Israël. Mais la Turquie demeure le rival historique d'Athènes. Les tensions se sont accrues ces dernières années autour de la délimitation des frontières maritimes en mer Égée. Ce contentieux porte notamment sur l'étendue des eaux territoriales et du plateau continental entre les deux pays, selon le dossier consacré à ce différend par la Cour internationale de justice. En raison notamment de ce différend, la Grèce figure parmi les quatre pays européens de l'Alliance atlantique consacrant plus de 3 % de leur PIB aux dépenses de défense.
Ce contrat s'ajoute à une liste de partenariats internationaux similaires noués par Israël ces dernières années. En 2023, le pays avait signé avec l'Allemagne un accord pour la fourniture du système antimissile balistique Arrow 3. Il avait été étendu en décembre à une valeur totale de 6,5 milliards de dollars et constituait jusqu'ici le plus important contrat d'exportation militaire jamais conclu par Israël.
Des partenariats ont également été noués avec l'Inde, par exemple. Les exportations d'armement israéliennes ont par ailleurs atteint un niveau record l'an dernier, à plus de 19 milliards de dollars, soit une hausse de 30 % par rapport à 2024. Pour la première fois, Israël a dépassé le Royaume-Uni dans la part mondiale des exportations d'armes, devenant le septième fournisseur mondial, selon un rapport de mars publié par l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).
La Turquie en toile de fond
La relation entre les deux pays méditerranéens s'est resserrée depuis la dégradation des liens israélo-turcs au tournant des années 2010, précise Ici Beyrouth, qui rappelle que le raid israélien contre la flottille de Gaza, en mai 2010, avait coûté la vie à neuf ressortissants turcs et durablement fracturé les relations entre Israël et la Turquie. Dans le contrat signé lundi, environ 700 millions d'euros doivent revenir à des entreprises grecques sous-traitantes.
Ni Athènes ni Jérusalem n'ont cité nommément la Turquie lundi. Mais le ministre grec de la Défense a répété à plusieurs reprises que les tensions avec Ankara motivent le programme d'armement de son pays, et l'a qualifiée le mois dernier de “menace claire et bien identifiée”. Plus de la moitié des ventes de l'industrie israélienne de l'armement concerne aujourd'hui les missiles, roquettes et systèmes de défense aérienne, précise l'agence.
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