RD Congo: Ebola, appel à la grève, insécurité à l'Est... Une rentrée scolaire placée sous le signe de l'incertitude
Par Christian Eboulé
Alors que le gouvernement a promis une rentrée "apaisée, effective et inclusive" sur tout le territoire ce mardi 1er septembre, le syndicat majoritaire des enseignants a lui appelé au boycott. En parallèle, onze universités publiques ont été suspendues à Goma et Bukavu et l'épidémie d'Ebola continue de s'étendre dans six provinces.
Alors que le gouvernement a promis une rentrée "apaisée, effective et inclusive" sur tout le territoire ce mardi 1er septembre, le syndicat majoritaire des enseignants a lui appelé au boycott. En parallèle, onze universités publiques ont été suspendues à Goma et Bukavu et l'épidémie d'Ebola continue de s'étendre dans six provinces.
Au cours d'une cérémonie officielle de lancement de la nouvelle année scolaire ce mardi 1er septembre, à Kinshasa, le gouverneur de la ville, Daniel Bumba, a affirmé que plus de trois millions d'enfants sont attendus sur les chemins de l'école de la capitale congolaise pour l'année 2026-2027. "Kinshasa représente à elle seule près de 16% de l'effectif global des élèves des 26 provinces de la RDC. Notre ville est donc un véritable pôle éducatif national", a déclaré Daniel Bumba.
À la veille de cette rentrée, la ministre d'État chargée de l'Éducation nationale, Raïssa Malu Dinanga, a en effet confirmé dans un communiqué, publié lundi 31 août, que "partout où les conditions le permettent, l'école doit reprendre". Dans son message adressé aux élèves, aux enseignants et aux parents, elle confirme que des millions d'élèves reprennent le chemin de l'école ce mardi 1er septembre 2026 sur l'ensemble du territoire national.
La ministre appelle les parents à envoyer les enfants à l'école dès le premier jour. Elle rappelle que la gratuité de l'enseignement primaire public demeure "un engagement fondamental de l'État", et enjoint les responsables scolaires à respecter strictement les dispositions légales afin qu'aucune pratique irrégulière ne prive un enfant de son droit à l'éducation.
Le communiqué du 31 août ajoute quelques annonces de politique éducative: le lancement de 78 cantines scolaires pilotes, à raison de trois par province, et la création de Clubs de veille citoyenne destinés à promouvoir le civisme et le patriotisme.
Un appel à la grève
Quelques jours seulement avant cette rentrée, le Syndicat des enseignants du Congo (Syeco) a appelé, mardi 26 août à Kinshasa, à la non-reprise des cours sur toute l'étendue du pays.
Le syndicat réclame une revalorisation salariale portant le traitement mensuel à 500 dollars américains, "ou son équivalent en francs congolais". Il exige par ailleurs la prise en charge et le paiement immédiat des enseignants dits "non payés" et des "nouvelles unités", qui exerceraient parfois plusieurs années sans rémunération régulière.
Parmi les autres revendications figurent la mise en place d'un mécanisme "transparent et équitable" de prise en charge de la retraite, une amélioration des conditions de travail et de rémunération des inspecteurs de l'éducation, la réforme du système de paie, le libre accès des enseignants aux services bancaires, la réduction des frais prélevés sur leurs salaires, ainsi que la création d'une banque unique destinée à la corporation.
Dans son message du 31 août, la ministre Raïssa Malu adopte un ton d'apaisement mais ferme. Elle exprime sa reconnaissance aux enseignants, promet la poursuite du travail sur la paie, la retraite et la protection sociale, tout en les appelant à placer "l'élève, la qualité des apprentissages et le respect du service public" au centre de leur mission. L'un des aspects essentiels de cette communication concernait cependant l'épidémie d'Ebola.
Une rentrée sous surveillance sanitaire
Dans sa réponse éducative à Ebola, le ministère de l'Éducation nationale prévoit un système gradué en trois niveaux. Dans les zones vertes, les cours se poursuivent en présentiel normal, avec maintien d'une veille sanitaire, d'un circuit d'alerte, d'une hygiène fonctionnelle et de fichiers de continuité pédagogique.
Dans les zones orange, l'enseignement reste en présentiel, mais sous surveillance renforcée: prévention et contrôle des infections, veille quotidienne, communication resserrée avec les services de santé et capacité d'activation du dispositif dans les 48 heures si la situation se dégrade. Et dans les zones rouges, en revanche, le ministère prévoit un recours temporaire à un enseignement à distance dit "léger".
Selon les explications fournies par Raïssa Malu lors de la conférence de presse du 18 août, ce dispositif ne repose pas sur l'internet, mais sur des feuilles de travail imprimées, centrées sur les savoirs essentiels, remises aux élèves à domicile, complétées par des émissions diffusées sur les radios locales et communautaires. Les écoles restent ouvertes comme points de service. Les enseignants et encadreurs y demeurent présents, les supports sont récupérés selon une programmation régulière et les kits de lavage des mains sont maintenus sur place.
Le rapport de situation publié le 29 août, sur la base des données arrêtées au 28 août 2026, confirme l'ampleur de l'épidémie du virus Ebola, due à la souche Bundibugyo. Le cumul national atteint 5.945 cas confirmés et 2.862 décès.
(Re)lire RDC: l'épidémie d'Ebola dépasse les 6.000 cas confirmés
L'épidémie affecte six provinces et 60 zones de santé sur 151: l'Ituri demeure l'épicentre avec 28 zones touchées sur 36 et 4.911 cas cumulés; le Nord-Kivu compte 15 zones touchées sur 34; le Haut-Uélé, 6 sur 13; la Tshopo, 7 sur 23; le Sud-Kivu, 1 sur 34; et le Bas-Uélé, 3 sur 11. Les dernières 24 heures du rapport signalent 82 nouveaux cas confirmés, dont 66 en Ituri, 12 au Nord-Kivu et 4 au Haut-Uélé, ainsi que 38 décès, parmi lesquels 24 décès communautaires et 14 décès enregistrés dans les centres de traitement.
Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), qui reprend ces chiffres dans son point de situation du 29 août, souligne que l'épidémie reste géographiquement étendue malgré une surveillance renforcée. Cette donnée pèse directement sur la rentrée scolaire. Elle justifie donc la prudence sanitaire du ministère, la hiérarchisation des risques entre zones vertes, orange et rouges, et l'idée d'une rentrée différenciée plutôt qu'un report généralisé sur l'ensemble du territoire.
Onze universités publiques suspendues à Goma et Bukavu
D'ailleurs dans son communiqué du 31 août, la ministre de l'Education nationale reconnaît que cette rentrée intervient "dans un contexte exigeant", avec une pensée particulière pour "les élèves, les enseignants et les familles confrontés à l’insécurité et aux conflits". Dans l'Est du pays, l'impact de la guerre contre l'AFC/M23 demeure massif.
Les autorités ont suspendu jusqu'à nouvel ordre les activités académiques de onze établissements publics d'enseignement supérieur à Goma et à Bukavu, invoquant la situation sécuritaire particulièrement préoccupante et la nécessité de garantir la sécurité des étudiants comme la régularité des titres délivrés.
Cette situation nourrit aussi les revendications syndicales. Plusieurs enseignants des zones affectées par l'insécurité dénoncent des retards de paie et l'irrégularité de leur prise en charge. Dans ce contexte, l'affirmation ministérielle selon laquelle "partout où les conditions le permettent, l'école doit reprendre" sonne autant comme une ligne politique que comme un aveu des limites imposées par la guerre.
Face à cette triple crise, le président Félix Tshisekedi a demandé au gouvernement, lors du Conseil des ministres du 14 août, de garantir une rentrée "apaisée, effective et inclusive" et de "ne laisser aucun enfant congolais au bord de l'école". Le gouvernement dit vouloir sécuriser la prise en charge des engagements financiers du secteur et intensifier le dialogue avec les partenaires sociaux. Mais la conjonction de la menace syndicale, de la suspension de onze universités dans l'est et de l'épidémie de Bundibugyo fait de cette rentrée l'une des plus incertaines de la dernière décennie.
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