Photo de Gaza à Deauville: la justice suspend son retrait d'un festival
Par TV5MONDE
Le tribunal administratif de Caen en France a suspendu lundi 31 août la décision de la mairie de Deauville de retirer une photographie de Gaza. Elle était exposée dans le cadre du festival Deauville Sport Images. La ville normande devra verser 1.000 euros à l'Observatoire de la liberté de création (OLC), à l'origine du recours.
Le tribunal administratif de Caen en France a suspendu lundi 31 août la décision de la mairie de Deauville de retirer une photographie de Gaza. Elle était exposée dans le cadre du festival Deauville Sport Images. La ville normande devra verser 1.000 euros à l'Observatoire de la liberté de création (OLC), à l'origine du recours.
La décision du maire de Deauville en France, prise le 20 août, concernait un cliché du photojournaliste palestinien Jehad Alshrafi, réalisé pour l'agence Associated Press (AP). On y voit deux équipes de football s'affronter sur une pelouse synthétique à Gaza, devant des spectateurs, avec en arrière-plan des immeubles détruits par les bombardements israéliens.
La photographie devait être visible jusqu'au 6 septembre sur l'esplanade du port, à Deauville, aux côtés d'autres images consacrées aux valeurs du sport. Elle avait toutefois été retirée discrètement au cours du mois d'août, avant que sa disparition ne provoque une polémique.
Un retrait au nom de l'ordre public
Pour justifier sa décision, la municipalité avait invoqué un risque de trouble à l'ordre public et un "déferlement de haine" sur les réseaux sociaux. Son avocate, Marie-Thérèse Sur-Le Liboux, a défendu devant le tribunal une mesure "nécessaire, adaptée et proportionnée".
Selon elle, le nombre de publications en ligne ne suffisait pas à mesurer le risque. "Ce n'est pas le nombre de posts sur les réseaux sociaux qui compte, c'est le nombre de personnes qui les écoutent", a-t-elle déclaré, évoquant la possibilité que cette dynamique entraîne des comportements "extrêmement violents" et dangereux pour la sécurité publique.
La mairie avait également expliqué que la photographie risquait de raviver "de nouvelles douleurs". Dans un communiqué, elle avait assuré que le cliché n'était "en rien pro-Hamas" et qu'il avait été retiré pour "faire taire cette polémique disproportionnée". Elle rappelait aussi avoir exposé pendant deux ans des photographies d'otages du 7-Octobre.
Mais devant le tribunal, la commune n'a pas fait état d'incident ni de manifestation depuis le début de l'exposition, le 6 juin. Le juge des référés a donc estimé que le retrait ne constituait pas "une mesure nécessaire, adaptée et proportionnée, prise en vue de la préservation de l'ordre public".
"Rien, zéro", selon l'Observatoire
L'Observatoire de la liberté de création, association rattachée à la Ligue des droits de l'Homme, avait saisi la justice en référé-liberté pour demander la réinstallation de l'œuvre. À l'audience, son avocat, Me Mary, a contesté la réalité de la menace invoquée par la mairie. D'après les éléments recueillis par l'association avant l'audience, 127 internautes seulement auraient réagi en ligne. Des réactions dispersées dans toute la France, et pas particulièrement concentrées à Deauville ou dans le Calvados.
"On n'a pas vu d'organisation se dire: on va faire une manifestation autour de ces cubes… Rien, zéro", a-t-il déclaré, estimant que "la réalité des menaces n'a pas été démontrée par le maire de Deauville".
(Re)Lire Exposition : 100 photos nous racontent Gaza
L'avocat a également insisté sur le caractère artistique et sportif de l'exposition. Selon lui, le jury du festival avait retenu cette image pour montrer la persistance du sport "y compris dans les situations les plus terribles", comme à Gaza, et non pour défendre une position politique. La mairie avait elle-même reconnu dans son communiqué que la photographie illustrait l'idée que "le sport est partout".
"La liberté de création doit être respectée. C'est une liberté fondamentale", a plaidé Me Mary. Selon lui, une municipalité ne peut pas retirer une œuvre simplement parce qu'un groupe d'internautes s'en offusque.
Une réinstallation avant le 6 septembre?
La décision du tribunal suspend le retrait de la photographie. Reste désormais à savoir quand elle sera effectivement remise en place.
La mairie avait indiqué qu'il lui faudrait six jours pour réimprimer l'image sur une nouvelle bâche. La présidente de l'OLC, Agnès Tricoire, estime toutefois que l'œuvre pourrait être réinstallée immédiatement si la bâche originale n'a pas été détruite, ou avant la fin du festival si une nouvelle impression est rapidement réalisée. Elle a jugé "scandaleux" que la photographie ait pu être détruite et prévenu: "Si c'est le cas, nous n'en resterons pas là."
Sollicitée par l'Agence France-Presse, la mairie de Deauville n'avait pas réagi lundi 31 août au soir à la décision du tribunal. La photographie de Jehad Alshrafi doit, en principe, retrouver son emplacement avant la clôture du festival, prévue le 6 septembre.
Today